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 « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray

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On peut faire d’un cadavre la plus belle des créatures
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MessageSujet: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Dim 27 Jan - 17:01

100*100 100*100
Le rêve dans le rêve, nous voyagerons. Dans le silence, les empires se défont. Seuls, cachetés avec nos vertueux trésors, les royaumes tombent. En bas, quelle est la main qui ordonne ce tonnerre ? Dans ce silence, pleurons comme nous sommes déchirés. A quel Dieu dois-je m'adresser ?




      Anthon bailla ostensiblement en frappant à la porte de la mairie. Il n'attendit pas que l'on vienne lui ouvrir ; il connaissait le chemin. Il poussa le battant sans ménagement et entra sans plus de précautions, se contentant de repousser d'un signe de main toute personne venant à sa rencontre. Même s'il avait l'habitude de venir délivrer au maire les actes de décès qu'il rédigeait, il n'aimait pas passer du temps à effectuer cette tâche peu utile. Il ne voyait pas l'intérêt qu'avait le maire à recenser la population. Une personne de plus ou de moins, cela ne changeait pas grand-chose à ce qui se passait, sans compter le nombre de noyades non déclarées. Les naissances se faisant plus rares, il ne pouvait juger de leur norme administrative mais il ne doutait pas que certains enfants passaient entre les mailles du filet. D'un côté, c'était tant mieux pour eux ; dans le cas d'une extermination orchestrée par les gros poissons de la ville, ils pourraient peut-être s'en sortir. De l'autre, n'avoir aucune preuve de son existence, c'était un peu comme être renié par le monde entier. Et quel scrupule aurait-on à détruire une personne qui n'existe pas ? Les remords n'étaient déjà pas monnaie courante, c'était une manière de les éteindre plus encore.
      Enfin, tout cela ne le concernait pas. Lui s'occupait de délivrer à la mairie la preuve que des citoyens étaient décédés sur sa table d'opération. Parfois sans qu'il y soit pour rien. De temps à autre avec quelque influence de sa part. Mais les risques étaient connus de tous et, en tout bon professionnel, il en informait ses patients avant chaque intervention. Eux choisissaient les chances qu'ils avaient de mourir avec parcimonie. Peu décidaient de s'en retourner et tenter leur chance par la guérison naturelle. Ça arrivait. Rarement. Mais ça arrivait. Dans tous les cas, ils avaient toujours le choix, tant qu'ils étaient encore en vie.
      Il s'apprêtait à frapper à la porte du bureau du grand manitou lorsqu'il entendit des voix en sortant. Il préféra donc éviter un potentiel massacre et s'assit sur un banc mis à disposition dans le couloir, rongeant son frein. S'il n'aimait pas rester là, tendu et inquiet de sa propre sécurité, il n'avait pas envie de se faire canarder ou poursuivre parce qu'il aurait intercepté une conversation qui ne le concernait pas. Mieux valait se tenir à l'écart du maire. Il ne se sentait pas de taille à affronter sa fureur et n'en avait nullement l'envie.
      Les chasses à l'homme, ce n'était pas vraiment son passe-temps favori. Surtout quand il était le gibier.

    ▬ Qu'ils sont longs.


      Les minutes s'égrenaient, lentement, douloureusement. Il avait l'impression d'attendre depuis des heures. Que diable pouvaient-ils bien se raconter, entre ces quatre murs ? Il aurait le temps de faire d'autres études de médecine avant de rendre ses dossiers. Il aurait tout aussi bien pu les déposer dans l'entrée et repartir aussi sec, mais on le lui avait fortement déconseillé. Il paraitrait que l'on avait jamais retrouvé les corps des rares ayant osé faire pareil affront au maire. Le message n'était pas des plus flatteurs, la réponse était on ne peut plus clair. On ne tourne pas le dos à l'ennemi. Jamais.
      Le chirurgien, ne comptant pas voir le nombre de victimes s'allonger, attendit que la porte s'ouvre jusqu'à une heure déjà bien avancée de l'après-midi. Sa seule occupation fut de chercher ce qui pouvait bien se dire de l'autre côté. Avaient-ils démasqué une taupe ? Ou bien un attroupement de nouveaux arrivants allait-il tomber d'une minute à l'autre ? De nouvelles lois ? De nouvelles sanctions ? Il y avait tant de possibilités que son imagination ne pouvait sans doute pas toutes les trouver.
      Il s'ennuya pourtant vite. Se releva de temps à autres pour faire les cents pas dans le couloir, à l'affut du moindre mouvement de la porte. Jusqu'au moment où, ô miracle, elle s'ouvrit, laissant apparaître devant lui le grand chef et son interlocuteur bavard – on ne pouvait pas accuser le maire d'avoir le moindre défaut, c'eut été une trahison passible de pendaison. Il se dirigea donc vers lui à grand pas, lui souhaita une bonne journée avec le plus de retenue qu'il puisse trouver et lui remit les certificats en tout honneur, sans un regard pour la personne qui l'accompagnait et ce, jusqu'à ce que le dirigeant retourne à son bureau.

    ▬ J'ai cru que vous ne sortiriez jamais de là-dedans, lança-t-il froidement, une fois qu'il fut certain que le patron ne puisse plus les entendre.


      Il retint un "la prochaine fois, arrange-toi pour ne pas lui faire une démonstration de déplacement d'organes", parce qu'il fallait l'avouer, ce n'était sans doute pas la faute de ce pauvre type s'il avait poireauté aussi longtemps.
      Et aussi parce que, pour l'un comme pour l'autre, il valait sans doute mieux qu'il n'y ait pas de prochaine fois.




Spoiler:
 


HEARTLESS
Il en est des médecins comme des avocats. La seule différence c'est que l'avocat se contente de vous voler alors que le médecin vous vole et vous tue par la même occasion.
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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Jeu 31 Jan - 22:23

10h30 ce matin – locaux de la End’s

J’émergeai du brouillard. Comme tout jour banal, j’arrivai au boulot à une heure plus ou moins régulière, les pieds pas encore tout à fait sur terre mais pas tout à fait endormit non plus. Beaucoup de mes collègues n’aimaient pas trop cet état de demi-sommeil peu productif. C’était une bonne ouverture pour venir me chercher des crosses. Ou pas. Faute de dormir réellement, je restai relativement réactif pour éviter les coups fourrés, quoi qu’un peu surprit de temps à autre par un supérieur quand je récupérais tranquillement au lieu de faire mon taff. Cela devait bien arriver une fois par semaine… tout au moins.

Ahem. En fait, ce jour n’était pas comme les autres, justement. Les premières heures furent plutôt calmes, ce qui n’était pas pour me déplaire. Par d’embrouilles, pas de bruit. Le temps s’écoulait à peu près normalement, j’arrivais à peu près à me tenir éveillé devant mon écran sans trop forcer. Une belle journée quoi.

Mais j’avais tord. Pause déjeuné, et c’est le drame. C’est là que tout à basculé. Lorsque je revenais à mon bureau, trainant un peu les pieds comme d’habitude mais plus pressé de rentrer chez moi qu’autre chose… beh, une grosse pille de paperasse comme on les aime – disons un bon 50 centimètres de haut – trônait devant l’ordinateur.

Une seule phrase me vint à l’esprit. « Mais qu’est c’tu veux que je foute de c’bordel ? »

Et… c’est à peu prêt tout. Je me demandais quel était le bel enfoiré qui avait balancé ces conneries sur mon bureau, par simple flemme d’aller à la broyeuse. Quoique… c’était peut-être des trucs importants. Mieux valait ne pas faire de conneries avec, même si ce n’était pas les miens. Y’aurait toujours moyen pour que cela me retombe sur la gueule.

Justement, un de mes collègues passait par là et je l’interpellai. Peut-être qu’il serait au courant, lui. C‘était un peu chacun pour soit certes, mais il y avait tout de même une certaine solidarité entre collaborateurs, disons.

« Hey Sieg’ ! Tu saurais pas c’que fou cette merde chez moi ?
- Aucune idée… ah si ! C’est l’boss, y veut qu’t’aille voir le maire pour le contrôle de routine.
- Et bim, encore pour ma gueule… Il paie rien pour attendre c’t’enfoiré.
- Bonne chance l’ami. Sur les trois personnes qu’on a envoyé là-bas, t’en a quatre qu’on a pas revu depuis, lança t-il avec un sourire moqueur.
- Mouais, merci, » lui répondis-je avec un air blasé qui en disait long sur mon enthousiasme.

Qu’on se le dise, le maire c’était bien la dernière personne qu’on avait envie de croiser à Underland. Limite si on ne craignait pas moins de croiser celui qui avait mis votre tête à prix au détour d’une ruelle sombre que ça. Enfin bref, je n’avais pas trop le choix. Me défiler, ce que j’aurais fait volontiers, c’était faire affront au maire. Et même en temps qu’idéaliste aux pensées suicidaires, je préférais m’en abstenir.

*****
15h 20 – Mairie de l’horreur

Je pris une profonde inspiration. La grande porte de la marie me faisait face, inquiétante. J’entrais, me présentai à la secrétaire ainsi que la raison de ma présence, puis elle me conduisit aux bureaux du maire. Assit dans son grand fauteuil, le grand méchant loup attendait patiemment que le petit chaperon rouge vienne frapper à sa porte. Et ce fut fait ; la secrétaire me présenta brièvement et me laissa seul avec lui.

Je ne savais pas trop quoi faire en une telle situation. J’étais un peu stressé, pour la bonne raison que le moindre faux pas serait lourd de conséquence. Je sortais l’énorme pile de papiers que j’avais à peine pris le temps de consulter pour savoir de quoi il retournait – conneries d’impôts et tout ça, vous savez comment sont les dirigeants avec le blé. Je restai impassible et silencieux, le regardant vaguement feuilleter tout ce bordel.

Soudainement, il frappa des poings sur le bureau, manquant de disloquer la tour de documents. Il se mit à gueuler je ne savais trop quoi, pour une raison x ou y. Tout ce que je comprenais, c’est qu’il n’était pas content. Et puis il arrachait un autre paquet de feuilles, trouvait toujours quelque chose à redire, de temps à autres me les balançai à la figure – comme si c’était de ma faute si mon abruti de patron faisait des conneries – et moi je restai là, à me demander intérieurement ce que je pouvais bien ficher ici. Pour une punition, c’en était une, et une sévère en prime.

Cela dura au moins trois bonnes heures. Le temps de lire en diagonale les quelques dix-mille feuilles par dizaine, de me les éparpiller dans son bureau immense, et d’aller boire un café. Je me serais vraiment fait un plaisir de prendre la poudre d’escampette, mais il était plus sage de sacrifier un après-midi que les quarante années d’espérance de vie qu’il me restait… théoriquement. Même si je m’en fichais un peu à vrai dire.

Finalement, il me laissa sortir. Sur le coup, je crus bien que je m’étais endormit, que c’était un rêve, et que j’allais me réveiller dans les geôles pour avoir prouvé par les faits le caractère terriblement ennuyeux de cette estimable personnalité qu’était le maire. Un homme se leva alors et marcha à grands pas vers lui pour remettre une autre pille de documents administratifs, mais ce dernier échappa à la terrible peine de torture.

Pourquoi ? Pourquoi moi et pas lui ? Je m’interrogeais sérieusement sur le fait de lui balancer mon épée à la figure dès que nous serions dehors. Mais visiblement, il avait déjà été puni, d’une certaine manière.

« J'ai cru que vous ne sortiriez jamais de là-dedans.
- Et tu crois que ça m’amuse, idiot ? Ca fait trois heures que j’suis enfermé avec môsieur. »

Non, là il le méritait vraiment. Mais au moment de sortir mon arme, un élan de flemme m’arrêta. Ca, et aussi le fait que je ne l’avais pas sur moi… quel idiot. Au pire, je pouvais toujours lui mettre un coup de crosse dans la figure ? Pourtant tant de haine… je ferais mieux de rentrer chez-moi, ça serait mieux pour tout le monde.

« C’est la dernière fois que je me farcis cette putain de paperasse administrative, » sifflai-je avant de pousser la porte pour regagner l’extérieur.


« Tous les rêves naissent pour être réalisés »

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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Dim 10 Fév - 14:26

100*100 100*100
Le rêve dans le rêve, nous voyagerons. Dans le silence, les empires se défont. Seuls, cachetés avec nos vertueux trésors, les royaumes tombent. En bas, quelle est la main qui ordonne ce tonnerre ? Dans ce silence, pleurons comme nous sommes déchirés. A quel Dieu dois-je m'adresser ?


    – Et tu crois que ça m’amuse, idiot ? Ca fait trois heures que j’suis enfermé avec môsieur.


      Dans la liste de tout ce qu'il ne fallait pas faire pour rester en vie, rester trois heures avec le Maire s'installait sur le podium. On ne savait jamais ce qui pouvait lui passer par la tête. Et on ne pouvait pas compter sur la pitié pour s'en sortir s'il nous prenait en grippe, ni même pour le déstabiliser. Faut déjà sauver sa peau face aux autres, mais avec celui-là, c'est son âme qu'il faut préserver. Enfin, le peu d'âme qu'il leur restait en arrivant ici.
      En tout cas, à voir la tête que faisait son interlocuteur, il n'avait pas particulièrement apprécié son rendez-vous. S'il avait un métier utile, sans doute avait-il dû enrager à attendre dans le bureau, sous les injures et les coups d'objets volants prodigués par le grand patron. Y avait pas vraiment de quoi être fier. Mais bon, ça, il devait l'avoir compris, le programmeur, parce qu'il ne paraissait pas s'en vanter. Sans doute le grand manitou avait-il été de bien mauvaise humeur ; s'en sortir en vie dans ces cas-là tient du miracle. Enfin, si on peut appeler ça "en vie".
      Oui, parce qu'on n'en sortait pas indemne pour autant. Certains racontars disaient que nombreux étaient ceux qui avaient perdu la raison lors d'un entretien privé avec le Maire. C'était le genre de personnes capables de vous faire perdre la tête, au sens propre comme au sens figuré. Oh, il n'y avait rien de rébarbatif à lui apporter des rapports ; bien au contraire, la peur euthanasiait le temps et détruisait petit à petit la logique qui tentait de résister, s'accrochait à la moindre parcelle de raison restante. Mais bon. Face à un type qui peut vous tuer d'un claquement de doigt, on est plus souvent paralysé que réfléchi.
      Grand mal en soit pour les pauvres victimes de cette effroyable terreur.

    – C’est la dernière fois que je me farcis cette putain de paperasse administrative


      En tout cas, ce n'était pas la politesse qui étouffait son interlocuteur. Mais bon. On l'excusait. Parce qu'on a le cerveau atrophié par l'attente et qu'il venait déjà de passer un mauvais moment. Le pauvre n'avait pas eu la présence d'esprit de prendre la poudre d'escampette sitôt après avoir remis les dossiers et avait sans doute reçu la foudre qui s'amoncelait depuis plusieurs jours dans l'esprit du dirigeant. Il avait été la cible idéale.
      Tant pis pour lui.
      Tant mieux pour Anthon.
      C'était vraiment dommage pour son concitoyen, mais il n'allait pas se mettre à sa place. Déjà, parce que c'était trop tard. Ensuite, parce qu'il n'en aurait, de toutes façons, pas eu envie. Les interviews risquées, merci bien, il connaissait déjà ça dans le nord et n'avait pas l'intention de s'y coller à nouveau. Ca reviendrait à se jeter dans la gueule du loup. Et quitte à choisir une vie, il préférait choisir la sienne à celle d'un tiers.
      C'est la dure loi de la prison.

    – Ouep.


      Ce fut tout ce qu'il trouva à répondre, n'osant pas arguer qu'il avait pris cette décision depuis un moment déjà... mais en était toujours à ses frais. On s'habitue vite, au final. Sans doute trop. Est-ce que ça leur manquait, aux autres, de sentir le soleil sur leur peau, de voir le jour comme une étincelle qui s'embrase éternellement ? Avec qui voulez-vous parler de ça ? La faiblesse n'a pas le droit d'exister dans ce bas-monde.
      Elle a été bannie au moment même où les droits des hommes se sont envolés à tire-d'aile, en quête d'un lieu plus propice à leur développement.

    – Ca ne me ramènera pas les clients que j'ai perdu pendant que vous preniez le thé, ajouta-t-il malgré tout, laconiquement.


Bah oui. Y en a qui n'avaient pas que ça à foutre.



Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Mer 13 Fév - 17:56

Ouep.

Dieu seul pouvait imaginer la colère qui monta en moi lorsque ce simple mot parvint à mes oreilles. Non, même ce vieux barbu perché sur son nuage à attendre que les enfants sages passent l’arme à gauche n’aurait pas pu se le représenter. Et pourtant, mes gestes ignorèrent totalement cette remarque. Aucun signe de colère ne vint assombrir mon visage – qui n’était pas rayonnant de gaité non plus il faut dire, et pourtant…

Pourquoi tant de haine, par ailleurs ? Je marchais d’un pas vif, allant droit devant moi sans vraiment savoir où j’allais. Peu m’importait. Plus la mairie serait loin, mieux cela serait. L’idée de rentrer chez moi faire une sieste m’effleura l’esprit un instant, mais j’avais encore du boulot sur le feu... d’un certain côté, il m’était maintenant aisé de me faire passer pour mort. Néanmoins, cela aurait nécessité des précautions bien trop fatigantes pour leur utilité à mon gout, et je ne comptais pas me faire chier chez moi tout le restant de ma vie. D’autant que ‘chez moi’ ne serait plus, revendu au bénéfice de ce fumier pour sûr.

Bref, revenons-en à nos moutons ; car si une chose était claire, ce que cet idiot se fichait de ma gueule. Et dans l’état psychologique où je me trouvais après une séquestration de trois heures dans ce que l’on pourrait aisément appeler un asile d’aliénés de classe 1, le désir de frapper avait fâcheuse tendance à occulter la raison.

« Ca ne me ramènera pas les clients que j'ai perdu pendant que vous preniez le thé. »

… Visualisez une petite goute d’eau, miroitante. Sa vie ne tient qu’à un fil, comme la votre. Elle vacille, tremble quelques secondes, puis se décroche. Alors commence une chute, une interminable descente vers un océan calme et paisible. Le son produit par l’impact est presque imperceptible, et pourtant, ses conséquences se révèlent être d’une autre nature. Les ondes se propagent alors, formant des centres concentriques s’élargissant sans cesse. Jusqu’à tomber dans le vide.

Oui, c’était cela, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Une phrase insignifiante presque, et pourtant lourde de conséquence pour le jeune homme qui avait commis l’erreur de la lancer. Je me figeai, puis fit immédiatement volte-face. Mes doigts effleuraient déjà la crosse de mon arme à feu, mais j’hésitai à tirer. Tuer n’était pas dans mes habitudes, et le laisser agoniser sur les marches de la mairie serait sans doute considéré comme trouble à l’ordre public. Bah oui, on n’allait pas tacher les jolies marches blanches du symbole de l’autorité du maire, tout de même.

Alors… je me contentai finalement d’un simple regard noir et poursuivit ma route. Mais alors que je tournai les talons, un coup de feu retenti sur la place. Des bruits de pas pressés signalaient la fuite d’un groupe de personnes, suivit du cri d’une jeune femme qui s’écroula à côté d’une maison. Encore en vie, elle tentait de se relever tant bien que mal et du sang maculait déjà ses vêtements. Il n’y avait pas grand monde sur la place à cette heure, seulement moi, le râleur et quelques jeunes qui regardaient la victime sans réel intérêt. Même la mort, cela les indifférait. Dans tous les cas, personne ici n’avait vu le coupable, et personne ne cherchait à savoir qui il était.

Moi, je n’étais pas contre l’aider, mais l’expérience m’avait appris que c’était là loin d’être l’option la plus judicieuse en ce monde. Enfin, peu importe. Aujourd’hui, je ne me sentais pas d’humeur altruiste aujourd’hui. Tant pis pour elle…


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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Sam 16 Fév - 23:07

100*100 100*100
Le rêve dans le rêve, nous voyagerons. Dans le silence, les empires se défont. Seuls, cachetés avec nos vertueux trésors, les royaumes tombent. En bas, quelle est la main qui ordonne ce tonnerre ? Dans ce silence, pleurons comme nous sommes déchirés. A quel Dieu dois-je m'adresser ?



      Quand y en a plus, y en a encore.
      Il venait de se taper trois heures d'attente afin de rendre des avis de décès et voilà qu'un autre se profilait. Vu la bonne ambiance qui irradiait du bureau du maire, il préférait ne pas avoir à y retourner. Mais bon, ce n'était pas avec l'aide de tous les témoins qui étaient présents qu'il allait y échapper. C'était pas comme si qui que ce soit se souciait de la santé de quelqu'un d'autre, ici. Même dans les quartiers riches des Indes, il n'avait jamais vu une indifférence pareille face à l'autre. Il n'arrivait pas à déterminer si c'était sidérant ou juste blasant.

    – Et merde.


      Se désintéressant totalement de son interlocuteur, il se dirigea à grands pas vers sa potentielle cliente, se frayant un chemin parmi les badauds atroupés là, en attente d'une mort imminente. Mais ça n'allait pas se passer comme ça. Oh non ! Hors de question qu'il retourne à la mairie juste après l'avoir quittée afin de satisfaire l'avidité de la foule. En tant que médecin, il se devait de secourir cette femme, quelle que soit son importance – et son opposant. Il avait fait les frais du parti pris. Il ne s'y prendrait plus.
      Ironiquement, il ne voyait dans ce genre de situation rien de nouveau. A Carthagène, le soleil avait beau briller, les armes explosaient, se rendaient, laconiques, au jugement de leur propriétaire. Et la police, trop occupée à encaisser ses pots-de-vin, laissait passer outrages et machinations. Alors, au final, être dans une ville où le meurtre était une raison de vivre ne le perturbait pas – ou plus. Le temps avait fini son ouvrage. Que de fois il voyait des personnes brisées, anéanties par cette vie qu'ils ne comprenaient pas. Il attendait de ceux-là un paiement rapide, sachant pertinemment qu'ils ne feraient pas de vieux os – si squelette il restait d'eux par la suite.
      Il ne cilla pas en observant la mare de sang qui se formait autour de la victime. Pauvre fille. Elle agonisait et délirait déjà, augmentait plus encore le débit sanguin en s'agitant comme une folle pour se relever, persuadée sans doute, que son attaquant viendrait l'abattre. Quelle idiote. Personne ne prendrait la peine de gâcher une balle pour quelqu'un dans son état.
      « Vous souffrez ? » avait-il envie de lui demander, conscient de la bêtise de sa question. Mais rien ne lui vint. Il se contenta de s'accroupir, là, d'ôter sa veste, de la maintenir contre les ouvertures béantes qui rejetaient le liquide vital de celle qui était devenue sa patiente. Devant la gravité de la situation, quelque chose s'anima en lui, cette envie grouillante de relever le défi, de surmonter le destin. « Je vous sauverai », disaient ses yeux. Il n'entendait plus le brouhaha des curieux, tendu malgré tout, suivant scrupuleusement chacun de leur déplacement. Il était plus aisé de se débarrasser de deux cadavres que d'un blessé et un soignant.

    – Fichez le camp, corbeaux.


      Et d'attraper la jeune femme par l'épaule, de tenter de la relever, de maintenir le sang tant qu'il le pouvait. Il devait l'emmener à l'hôpital, en boitant, claudiquant, qu'importait ! Il fallait refermer les plaies, l'empêcher de se vider entièrement. Il ne serait même pas possible de récupérer le sang pour quelqu'un d'autre, quel gâchis. Mais pis encore, il avait décidé que sa vie lui appartenait. Si elle était tombée devant eux, ce n'était pas un hasard. Rien n'était hasardeux, surtout pas ici. Il y avait un message, quelque chose à comprendre, à décrypter. Et elle était la seule à pouvoir le lui donner. Mais pour cela, elle devait rester en vie.
      Par pitié.
      Ne meurs pas avant que j'ai eu le temps de te sauver.



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Dernière édition par Anthon Kjeldahl le Sam 23 Fév - 19:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Sam 23 Fév - 16:46

Qu’était-ce ? Cet homme, aussi peu aimable puisse-t-il m’être apparu, sembla soudainement manifester un intérêt particulier à la victime. Il s’approcha d’elle, se frayant un chemin à travers les idiots qui s’attroupaient autour. La pauvre femme essayait de se relever, criait des bouts de phrases incompréhensible, comme délirante.

Finalement, je m’étais arrêté pour observer la scène de loin, impassible. Je ne pouvais pas y faire grand-chose, de toute manière. Non, le sort de la victime m’importait peu en ce moment, je dois bien l’avouer. Mais ce qui était intéressant, c’était la réaction de celui qui tentait de la sauver. Il ne paraissait franchement pas le genre d’homme prêt à tout pour aider son prochain, et cela se comprenait. Même innocent et pur, on finissait toujours coupable de quelque chose dans ce trou. Alors, qu’avait-il de spécial ? Peut-être simplement… qu’il ne suivait pas bêtement la foule comme un mouton. Ce genre de comportements que l’on enfouit au plus profond de nous pour insérer dans la société, mais qui finirons toujours pas ressortir un jour ou l’autre puisqu’au fond, il est impossible de se renier totalement. Même à Underland, les gens éprouvaient de pitié, de la compassion parfois. Trop rarement.

« Fichez le camp, corbeaux. »

Il s’éloignait enfin, portant la jeune femme à demi-inconsciente dans les bras. Le tissu qui enveloppait sa blessure se tentait déjà d’une funeste couleur carmin, son pronostic vital semblait déjà engagé. Certains le regardaient avec l’incompréhension la plus totale, d’autres avec mépris pour leur avoir gâché le spectacle. Mais lui, il s’en fichait, les ignorait royalement.

J’ignore ce qui m’avait poussé à faire cela. Je l’avais fait, c’est tout. J’avais simplement décidé de suivre cet homme que j’avais voulu assommer quelques minutes plus tôt. Et après, qu’elle importance ? Il n’était peut-être pas aussi bête qu’il n’en avait l’air, je voulais connaitre ses motivations. Son pas se pressait et quelques goutes de sang balisaient son trajet à présent, signe de l’urgence de la situation s’il souhaitait réellement la sauver. Malgré tout, je n’avais aucun mal à le suivre de loin dans ces rues presque désertes et comme j’aurais pu m’en douter, il entra sans hésitation dans l’hôpital. Lorsque je passai la grande porte vitrée coulissante, il avait déjà disparu dans les couloirs. Heureusement qu’il y avait les traces de sang pour me guider…

« Hep, vous là ! Cet accès est réservé au personnel, vous savez pas lire ?
- Grillé, » soupirai-je sans réelle surprise.

Cela aussi, j’aurais du m’en douter. Alors, cet homme était aussi du personnel médical, ou avait-il eut un accès exceptionnel pour amener la victime en urgence ? Et qu’est-ce que cela pouvait bien me faire, de toute manière ? Bah, dans le pire des cas, peut-être que l’exploration des locaux sera divertissante. J’enfonçai mes mains dans les poches de mon manteau et rebroussai chemin, sans un regard à la personne qui m’avait interpellé, pour me tourner vers les ascenseurs réservés au public. En soi, c’était une expérience intéressante : là-haut, les hôpitaux sont sans cesse bondés de monde et les médecins sont débordés. Ici, ils sont désertés par les patients comme par le personnel qui ne remplit pas toujours ses fonctions de manière rigoureuse, bien qu’il y ait ici et là quelques exceptions pour confirmer la règle. Enfin, il n’y avait pas tant de décès que cela d’après les statistiques. Mais cela ne changeait rien à la règle des lieux : ne faire vraiment confiance à personne.

Sortant de l’ascenseur, je me dirigeais un peu au hasard dans les couloirs. Le local était propre au moins, c’était déjà rassurant – si on pouvait considérer un hôpital comme rassurant – mais quoi qu’il en soit, il n’y avait pas trace de vie. Secrétariat désert, une pancarte « pause café » posée sur le comptoir. Je serais bien tenté de prendre une photo et de revenir une semaine plus tard pour comparer, tiens. Enfin bref.

Après quelques secondes d’errance, je ne tardais pas à trouver une jolie double-porte avec le sigle d’interdiction d’accès. Ah, transgresser l’interdit, quelle douce tentation… c’est bien que je m’apprêtai à faire, posant une main sur l’un des battants quand un bruit de pas m’arrêta. Quelqu’un venait par ici ?

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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Dim 24 Fév - 19:15

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      Il avait réussi à éviter l'avis de décès, de peu. Suturée au dernier instant, la jeune femme avait manqué la panne sèche. Heureusement qu'ils avaient des stocks d'hémoglobine en rab – merci aux généreux donateurs – et qu'il y avait facilement accès. Il avait abandonné la patiente dans la chambre qu'on lui avait attitrée, s'était extasié encore une fois devant la propreté des lieux – ça le changeait des hopitaux insalubres de Carthagène – et était parti rendre le dossier d'admission – un peu oublié pour le coup – au secrétariat qui, pour ne pas changer, avait fermé ses portes le temps d'une pause café. C'était bien simple, elle durait de 8h16 à 16h48, chaque jour de la semaine, avec parfois quelques nuances suivant les envies de la basse-cour.
      Pour être au courant des derniers potins, rien ne valait une réunion avec le club des secrétaires non-anonymes. C'était LE réseau le plus informé de la ville. Sans déconner. Il lui était déjà arrivé de se retrouver au milieu des commérages pendant la pause de midi, il avait fini par filer à l'italienne avant que son cerveau ne sature. On n'a pas idée de bloquer les gens comme ça avec des histoires stupides. Sans déconner, il n'en avait rien à faire de savoir qui avait violé qui, quelles étaient les dernières tendances d'après la dernière nana du maire. La seule chose à peu près intéressante dont elles faisaient part était les dernières disparitions. C'était plutôt bien de se tenir informé de ça.
      Bref, il balança le dossier sur le clavier de la secrétaire pour qu'elle l'enregistre en même temps que tous les autres lorsqu'elle retournerait à son poste dans la soirée et commença à arpenter les couloirs. Au vu du nombre de patients qui se trouvaient à l'hôpital, c'était la meilleure manière de s'occuper, étant donné que les collègues semblaient avoir déjà récuré l'établissement de fond en combles.
      Mais le destin semblait en avoir décidé autrement, puisqu'il rencontra, devant la porte du bloc opératoire n°3, le jeune incongru qui lui avait fait perdre son après-midi – quoiqu'apparemment pas tant que ça, vu qu'il n'y avait pas un pet de poussière sur les carreaux – et qui avait sans doute décidé d'en finir avec la vie, une main résolument posée sur le battant.

    – Je ne ferais pas ça si j'étais toi, dit-il tranquillement en essuyant le sang qui lui tachait les mains d'un geste mécanique. Les praticiens n'aiment pas être dérangés.


      Message clair, mais concis. Du moins l'espérait-il ; Anthon n'aimait pas se répéter. Il se contenta d'observer son interlocuteur, en silence. Oui, c'était bien le type de tout à l'heure. Alors, à sa mauvaise foi s'ajoutait une curiosité malsaine ? Bah, il fallait bien des défauts pour s'accoutumer à un endroit pareil. Et pire, c'était sans doute ceux qui en avaient le plus qui survivaient le mieux – peut-être même qu'ils arrivaient à vivre.
      Il jeta la serviette qu'il utilisait instamment dans une poubelle puis revint à son intrus, qui ne semblait ni blessé ni malade et qui, en somme, n'avait rien à faire dans les locaux hospitaliers. Enfin, peut-être avait-il un soucis autrement plus délicat qu'il voulait régler... Mais dans ces cas-là, les patients débarquaient la nuit, pas en fin de soirée, au moment où les bars se remplissent de créatures plus désagréables les unes que les autres et absolument pas ouvertes à une quelconque tentative d'approche. Il glissa les mains dans les poches de sa longue blouse blanche tachetée de pourpre et s'adressa de nouveau au grincheux.

    – Qu'est-ce que tu veux ? lui demanda-t-il finalement. Si tu cherches de la paperasse, on s'en est débarrassé tout à l'heure.


      Ne manquons pas de rappeler à notre invité surprise qu'il a été un peu long tout à l'heure. Ceci dit, la femme à moitié-morte l'aurait été entièrement, s'il n'avait pas pris son temps pour rendre ses rapports. Alors il n'était peut-être pas si perdant que ça, dans l'histoire.
      Mais ç'aurait été louper une occasion de se montrer potentiellement drôle. Pour lui. Parce que l'autre, ça ne le ferait sans doute pas rire. Et ce, malgré le sourire narquois et complètement détendu qu'affichait le chirurgien. A quand l'autopsie ?



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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Mar 26 Fév - 18:42

    « Je ne ferais pas ça si j'étais toi. Les praticiens n'aiment pas être dérangés. »

    Une voix qui sonnait étonnamment familière à mes oreilles. Je me tournai légèrement, sans lâcher le battant, croisant le regard froid du chirurgien. Oui, visiblement, c’était bien le même homme que tout à l’heure. Cette fois, il arborait une grande blouse blanche maculée de taches écarlates, virant au noir par endroit. Il s’essuya les mains et jeta la serviette à la poubelle d’un geste précis et mécanique, comme s’il faisait cela tous les jours.

    Mouais, cela lui allait bien. Et cela expliquait aussi pourquoi il avait sauvé cette femme inconnue dans la rue, alors qu’il avait probablement d’autres chats à fouetter sur le moment. Dans un métier comme le sien, les clients avaient tendance à partir très vite si on ne faisait rien. Enfin, d’un autre côté, cela payait bien et tant qu’on soignait tout le monde sans le mettre les mafias a dos, on était plutôt bien protégé. Un bon compromis en somme.

    « Qu'est-ce que tu veux ? Si tu cherches de la paperasse, on s'en est débarrassé tout à l'heure.
    - L’endroit avait l’air sympa, alors j’suis venu jeter un œil c’est tout. Un vague sourire se dessina sur mon visage, déjà trop marqué par la fatigue suite à un après-midi éprouvant. Lâchant le battant pour enfoncer mes mains dans mes poches, j’ignorai sa vanne et ajoutai simplement – Au fait, la macchabée. Elle s’en sort ? »

    Question stupide, ou simplement pour combler le vide qui allait se créer ? Je n’irais pas jusqu’à dire que cela m’indifférais, c’était tout aussi bien qu’elle vive ce qui lui restait de vie sans qu’un enfoiré ne vienne s’en mêler, mais ce n’était pas vraiment mon problème.

    Non… ce qui m’intéressait, c’était surtout le tueur. Plusieurs raisons pouvaient expliquer cet intérêt. La première résidait en le simple fait d’être témoin d’une scène de crime, et donc d’être potentiellement des cibles privilégiées. Qu’on le croit ou non, les personnes saines d’esprit pouvaient commettre des actes irrationnels capable de mettre à mal la stratégie d’un tueur en série, plus encore que la majorité de cinglés qui trainaient ici. Deuxième raison, il s’agissait d’un jeu plutôt distrayant. Si la personne mourrait, cela n’avait plus grand intérêt ; mais il elle survivait, il y avait de grandes chances que quelqu’un vienne terminer le travail. Jouer avec la mort, repousser l’échéance fatale sans cesse, changer le destin. C‘était quelque chose que j’aimais beaucoup, et j’admirais les personnes capables d’en faire autant. Réécrire l’histoire, notre destin et celui des autres, choisir la fin que l’on souhaite.

    « Bon ! Le temps qu’elle se repose, je vais faire un ptit tour. Dites à vos supérieur que j’prends vot’ tour de garde ou c’que vous voulez, faites comme si j’étais pas là ~ »

    J’écartai le battant d‘un coup de pied de force parfaitement calculée et me glissai dans la zone interdite juste avant qu’il ne se referme. Bah, j’allais juste faire un petit tour du propriétaire, je n’avais pas l’intention de déranger qui que ce soit. Dans mon enfance, j’avais déjà passé quelques mois à l’hôpital pour quelques accidents mineurs. Malgré tout, je n’avais jamais osé explorer au-delà des limites… j’en mourrais d’envie pourtant. De manière générale, l’inconnu avait tendance à me fasciner. Mais les visites guidées, très peu pour moi ; je préférai explorer seul, m’attarder sur tout ce qui paraissait inutile et ne pas m’encombrer d’informations que j’oublierais le lendemain.

    Bref, je fis un tour rapide de la zone, alternant les étages au fil des escaliers et ascenseurs que je trouvais, observant les praticiens et le matériel médical à travers les vitres en évitant d’être repéré. C’était amusant, je me serais cru dans Dr. House – bien qu’en ce qui concernait la série, le personnage me paraissait bien plus intéressant que les locaux.

    Ceci fait, je passai rapidement par les chambres. Le numéro que m’avait indiqué le toubib était… 356. Ou 365, aucune idée. Tss, je n’avais jamais eut une excellente mémoire des chiffres et de tout ce bordel. J’avais en quelque sorte besoin d’appliquer pour retenir, une mémoire d’habitude. Par moment, c’était même mon inconscient qui retenait les choses, comme le mot de passe que j’utilisais pour verrouiller mon ordinateur. Mes doigts le tapaient à une vitesse ahurissante, mais je ne saurais pas le retrouver moi-même. Néanmoins, mon sens de la déduction logique me dirait souvent des problèmes de ce genre. Trouve une partie, le reste viendra de lui-même. …Eh, c’était bien la 365 finalement. La femme était toujours inconsciente, étendue sur son lit d’hôpital, une perfusion au bras. Je pris une chaise près de la fenêtre et contemplait l’horizon un instant… il se faisait déjà tard, hein ? Et elle n’avait pas l’air de vouloir se réveiller. Hors de danger, qu’il avait dit. Mon intuition me disait que c’était loin d’être le cas.


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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Mar 5 Mar - 20:05

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Le rêve dans le rêve, nous voyagerons. Dans le silence, les empires se défont. Seuls, cachetés avec nos vertueux trésors, les royaumes tombent. En bas, quelle est la main qui ordonne ce tonnerre ? Dans ce silence, pleurons comme nous sommes déchirés. A quel Dieu dois-je m'adresser ?



      Changer le destin.
      Des mots si creux, pourtant si lourds de sens. Des mots dont il se jouait souvent, à vrai dire. Dans son métier, défier le destin, la chance et tout le bordel qui va avec, n'était pas chose rare. Il jouait avec la vie tous les jours, h24. Et ça lui convenait. C'était comme relever un défi à chaque intervention. Si certains trouvaient une stabilité assurée dans leur boulot, lui n'aimait rien de plus que découvrir un peu plus cet aspect de la vie qui s'accroche alors que l'ombre de la mort tend vers elle. Il trouvait surprenant de voir à quel point les gens qu'il soignait étaient accrochés à des choses insignifiantes, alors que tout ce qu'ils avaient connu leur était arraché. Brutalement. Ou pas. Certains mettaient plusieurs jours à crever comme les rats qu'ils étaient. D'autres laissaient leur coeur avant d'entrer à l'hôpital. Et chacun d'entre eux signait un échec. Un échec contre la grande faucheuse, contre cette mort qui empestait et, bien qu'elle leur donne du travail, leur foutait la misère.
      Bienheureux les pauvres hères qui se croyaient immortels. Fous qu'ils sont, s'adonnent à toute sorte de rites, de pratiques macabres. Défient la mort bien plus qu'ils ne le devraient. Et sont emportés par un rhume. Ou une balle perdue. Le destin n'était pas plus clément face à ceux qui ne croyaient pas en lui. Assez étrangement, il ne s'avançait pas comme les fantômes. Sournois, fourbe, il s'attaquait plus encore à tous ceux qui le reniaient, s'accrochaient au déni comme à une bouée de sauvetage. Une bouée trouée et emplie de roches plus lourdes les unes que les autres. Il aimait comparer le destin à une tempête, emportant tout sur son passage en dépit des moyens matériels mis en œuvre pour l'annihiler. Ca lui donnait l'impression de réussir là où tant échouaient. Ce qui, théoriquement, n'était pas tout à fait faux. Sans être Superman, Anthon était un très bon chirurgien. Le destin, il le tenait à l'œil. Ils se regardaient tous deux en chiens de faïence, attendant le moment où l'autre lâcherait pied.
      Il savait pertinemment qu'il ne gagnerait pas cette guerre.
      Apparemment, son comparse voyait les choses différemment. Un hôpital, un endroit sympa ? Non, pardon, un hôpital rempli de truands qui vous arracheraient la tête pour un donut ? Soit. S'il avait aussi peu de considération pour sa vie qu'il aimait à le montrer, alors Anthon ne pariait pas cher sur sa survie. Même s'il avait eu l'intelligence de laisser le Grand Manitou s'insupporter tout seul et était ressorti vivant de l'une de ses crises périodiques.

    – Au fait, la macchabée. Elle s’en sort ?
    – Elle dort. Profondément, eut-il à peine le temps d’articuler avant que son interlocuteur ne reprenne. Et passe la porte, sans prêter garde à ses conseils.


      Avec un soupir, il le suivit, doutant de son état futur s'il osait annoncer au chef une pause-café quelconque – ainsi que de sa santé mentale s'il rejoignait la bande de poules qui ragotaient dans la salle prévue à cet effet. L'effet "mission secrète" que le jeune donnait, vu de l'extérieur, l'amusait. Alors que lui faisait des signes flagrants aux praticiens, l'espion se planquait. Il semblait l'avoir un peu écouté, au final. Lorsqu'il demanda à un médecin où se trouvait la jeune dame qu'ils avaient recueilli il y avait peu, Anthon haussa un sourcil. Mais aucun "secret professionnel" ne vint se positionner entre l'inconnu et la semi-morte. Il s'étonna de l'aisance avec laquelle le docteur avait donné l'information et se promit d’en toucher un mot à ses collègues : à quoi servait leur boulot s’ils laissaient mourir leur patient de la main du premier inconnu qui passe ? Avant même d’être payé ! Puisque c’était ce qui les intéressait le plus, il ne doutait pas un instant que cet argument leur remettrait les idées en place.

    – Pourquoi est-ce que tu t'intéresses à cette fille ?


      Il ferma la porte, attendant une réponse claire. Il ne se souvenait pas avoir vu son interlocuteur se précipiter pour venir en aide à la pauvre femme. Il ne pouvait pas être le criminel, il se trouvait avec lui lorsque le coup avait fusé. Il n'avait donc aucune raison de se trouver ici. Hormis une curiosité malsaine. Somme toute, rien d'exceptionnel. Le morbide faisait avancer la prison.
      A son plus grand regret.



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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Jeu 7 Mar - 14:59

    Quelqu’un entrait. Je me retournai vivement, curieux de savoir qui cela pouvait être. Déjà l’heure de la vengeance ? Petits joueurs, même quand on joue avec la vie d’un autre il faut savoir prendre le temps et s’amuser. Ah, ce n’est que le toubib de tout à l’heure. Pas que je sois content de le revoir si tôt, mais c’est toujours mieux qu’autre chose.

    « Pourquoi est-ce que tu t'intéresses à cette fille ? »

    Et pourquoi est-ce que cela t’intéresses que je m’intéresse à cette fille ? Non mais, sérieusement, cela l’empêchait de dormir ? D’accord, c’était sa patiente à lui, il pouvait même la violer si l’envie lui traversait la tête – quoiqu’une balle 9mm risquerait de ne pas tarder à suivre en ce cas – mais mes motivations ne le regardaient strictement pas. Sans aucun doute, je n’avais aucune raison d’être ici à ses yeux. Potentiellement dangereux ? C’est vrai que vu le prix de la nuit, qu’elle crève maintenant ça lui reviendrait cher. Et ça ferait un formulaire de plus à rapporter au grand manitou. De ce côté, je pouvais comprendre qu’il veuille défendre ses intérêts, mais l’ennui, c’est que je n’en avais rien à cirer.

    Venait à présent la question fatidique : que répondre ? Je le fixai d’un air vague depuis quelques secondes, cherchant une raison à peu près potable à exposer, autre que le fait de vouloir m’en servir comme appât pour chopper son meurtrier. Il faut dire que les médecins faisaient partie des 10% de personnes ici-bas qui évitaient un tant soit peu de tuer des gens. Enfin officiellement, parce que pour qu’un bon médecin finisse ici, c’était rarement à cause d’une simple bourde.

    Je tournai alors la tête vers la femme toujours endormie, puis pris une longue inspiration avant de finalement lui répondre :

    « Pour la même raison que vous l’avez sauvée, je suppose. »

    Ou pas. Parce que s’il s’agissait d’une histoire de conscience médicale, c’était clairement à côté de la plaque pour moi. Mais d’un autre côté, à Underland, il fallait souvent mettre sa conscience de côté pour survivre. Une autre raison alors ? C’était une autre façon de lui demander de répondre à ma place. Je pivotai à nouveau vers la fenêtre, puis ajoutai afin de répéter plus clairement la question cachée dans ma première réponse :

    « Et vous, pourquoi vous-y intéressez vous ? Vous ne m’auriez pas suivit s’il n’y avait pas autre chose, n’est-ce pas ? »

    Direct, sans détour. Retourner une question gênante en obligeant son interlocuteur à y répondre de lui-même, c’était bien quelque chose d’amusant. Et efficace, dans certains cas. Du moins, qu’il y réponde ou pas, c’était son propre doute qu’il devait taire, pas le mien. Parce qu’en ce qui me concerne, mis à part le fait que cela puisse l’aider à me lâcher enfin la grappe… aucun intérêt.

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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Sam 9 Mar - 19:47

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Le rêve dans le rêve, nous voyagerons. Dans le silence, les empires se défont. Seuls, cachetés avec nos vertueux trésors, les royaumes tombent. En bas, quelle est la main qui ordonne ce tonnerre ? Dans ce silence, pleurons comme nous sommes déchirés. A quel Dieu dois-je m'adresser ?


      Peut-être était-il proche de la morte. Peut-être la haissait-il. En tout cas, il n'avait rien fait pour la sortir de la panade. Rien. Pas un pet de soutien. Pas un mot. Et, maintenant qu'elle était sauvée, allitée, en passe de guérison, il venait la voir ? La féliciter ? De quoi ? D'avoir survécu dans ce monde si dur ? Ironiquement, ces mots étaient réservés aux morts. Il avait déjà entendu ça, lors d'obsèques. Des proches, félicitant leurs défunt d'avoir réussi à vivre. A survivre. A avancer. Ou presque. Parce qu'on ne peut pas vraiment avancer, à Underland. On fait souvent du sur-place. On se perd. On se cherche. On tente de ne pas lâcher pied, en fait. A défaut d'aller de l'avant, on fait de son mieux pour ne pas régresser. Ca n'avait rien d'évident, ici. Les monstres qui vivaient à Underland avaient forme humaine et suçaient l'espoir des autres comme des vampires leur auraient arraché le sang. Précieuse, si précieuse hémoglobine. Encore une fois, il se réjouissait d'en avoir un stock à disposition. Grâce à ses prévisions, que les autres jugaient inutiles, il venait de sauver une vie. Mais eux, ils n'en avaient rien à foutre, de la vie des autres. Seul les bénéfices importaient. Il en venait parfois à se demander pourquoi ils étaient devenus médecins, dentistes, anesthésistes. Ils semblaient tellement froids, face à tout ce qui concernait l'autre. Ils n'avaient rien de vertueux. Ils n'étaient rien d'autre que des cloportes, en somme. Rien d'autre que des prisonniers d'Underland.
      Même s'il savait pertinemment cela, il ne pouvait contenir son étonnement chaque fois qu'un nouveau cas d'indifférence de la part de ses collègues se présentait. n'avaient-ils donc aucune âme ? N'étaient-ils donc devenus ce qu'ils étaient que pour le fric ? Un médecin se devait d'être compatissant. Enfin... Il ne devait pas avoir pitié de ses patients, non. Il ne devait pas entretenir de relation avec eux, non. Mais il devait savoir évaluer la valeur d'une vie. Savourer la joie d'avoir accompli son travail. Pour lui. Mais aussi pour l'autre.
    – Pour la même raison que vous l’avez sauvée, je suppose.

      Un haussement de sourcil, un sourire en coin. Oui, bien sûr. Il avait oublié. A Underland, on évitait de dévoiler la moindre information sur soi-même, ses motivations, ses envies, ses rêves. Ca pouvait nuire à sa vie. Même si c'était ce qui nous en rapprochait le plus. Il glissa dans la pièce, s'approcha de la jeune femme encore endormie, ajouta de la morphine dans la perfusion. Au vu des blessures qu'elle avait reçues, elle en aurait bien besoin. Survivre était une chose. Vouloir survivre en était une autre. Et, si la douleur se révélait trop insupportable, il y avait de grandes chances pour que cette envie la quitte, mirage fugace parmi les dunes endeuillées. Qui était cette femme ? Il l'ignorait. Peut-être une prisonnière. Peut-être une native. Peut-être même une taupe. Mais chacun avait droit de vie, dans ce monde ou dans l'autre.
    – Et vous, pourquoi vous-y intéressez vous ? Vous ne m’auriez pas suivi s’il n’y avait pas autre chose, n’est-ce pas ?
    – Eh bien, sans doute pour la même raison que toi, répéta-t-il, narquois, puis ajouta, plus sérieux. Je ne suis pas devenu chirurgien par hasard.

      Il ne voulait pas rentrer dans ces enfantillages peu commodes qui consistaient à brimer la moindre parole, détourner le moindre son. A toujours se cacher, on finit par ne plus exister. De plus, son poste – quelque peu privilégié, il fallait se le dire – lui permettait de s'exprimer plus ou moins librement. Au moins pouvait-il donner son nom, son matricule, ne pas mentir sur la raison de sa présence, sur ce qu'il aimait dans son métier. Parce que, malgré cela, on le prenait au sérieux. Ce n'était pas parce qu'il aimait sauver des vies qu'il hésitait à en prendre.
      Nuance.
      Il observa encore une fois le visage de sa patiente, serein. Là où elle était actuellement, elle ne pouvait faire de cauchemars. Dans ce sommeil artificiel qu'on lui avait imposé, son cerveau n'avait pas sa place. Il n'avait aucun droit de passage, ne pouvait agencer les évènements qui l'avaient frappée dans la journée. Tant mieux pour elle. Elle aura passé au moins une nuit paisible. Si l'on pouvait appeler ça une nuit.
      Parce que dans une nuit à l'hôpital, le soleil ne brille pas et personne ne vient frapper à la porte d'un malade. C'est bien le seul endroit où les médicaments ne sont pas à disposition.



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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Mar 12 Mar - 21:44

    Je souris à la réponse du chirurgien. Il ne se laissait pas déstabiliser facilement, c’était une bonne chose. Qu’il n’ait pas décidé d’exercer ce métier par hasard, je m’en doutais bien ; à l’époque où j’étais encore lycéen, les prépas médecine faisaient pas mal parler. La guerre, qu’ils disaient. Personnellement je m’en foutais, je n’en avais pas l’envie, et encore moins le niveau. Sauver des vies, c’était déjà quelque chose de plutôt inutile pour moi. Certes j’aimais jouer avec le destin, mais qu’est ce que les gens en foutent, de leur vie ? Il y a des pauvres malchanceux qui la perdent alors qu’ils avaient un avenir, d’autres qui attendent de voir le bout du tunnel pour en faire quelque chose, et une majorité d’idiots qui vont se la ruiner jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus être sauvés. Enfin, répartition subjective bien entendu.

    La patiente dormait toujours. Il fallait dire qu’avec la dose de morphine qu’il lui avait mise, elle n’était pas prête de se réveiller. Je laissai échapper un soupir, songeant aux longues heures d’attente avant qu’elle ne sorte de ce sommeil artificiel. Pouvait-elle rêver dans cet état ? Son activité cérébrale était sans doute au point mort. Dommage, ce temps perdu, quand on sait à quel point il peut nous être précieux par moment. Elle ne ressentait pas ces secondes qui s’égrènent, mais son réveil serait sans doute difficile. Rien de plus logique, paradoxe entre temps réel et vécu cause un choc plus ou moins violent. Mais encore faudrait-il qu’elle se réveiller, avant cela.

    Soudain, un sifflement dans l’air. Invisible, imperceptible, venant de l’extérieur. Je ne sais ce qui me poussa à m’écarter vivement sur le côté à cet instant, mais ce fut un réflexe salvateur : le verre se fissura, la vitre éclata, laissant passer une lourde brique rougeâtre qui s’écrasa bruyamment au sol. Parmi les débris de verre et la poussière laissée par le projectile se désagrégeant, une petite enveloppe gisait, attaché par une grosse ficelle. Tout d’abord surpris, je me penchai sur le papier et l’arrachait, curieux de voir ce qu’il contenait. Une façon bien originale d’envoyer une lettre, mais le travail semblait plutôt soigné. Encore heureux qu’il n’avait blessé personne, j’aurais pu me faire salement amocher si je me l’étais pris en pleine tête celui là. Je doute qu’il m’ait été destiné, mais j’avais tout de même eut de la chance.

      « Amenez votre patiente ce soir à l’entrée, 22h49 précises. Cette femme a pris connaissance d’informations confidentielles d’une affaire au caractère hautement sensible. Nous ne souhaitons pas nous étendre sur le sujet, cependant il vous est fortement déconseiller de vous opposer car elle cette personne devrait alors être éliminée dans les plus brefs délais. Nous comptons sur votre coopération.
      Amicalement, Styx. »


    Je tendis nonchalamment la lettre au chirurgien une fois que j’eus fini de la lire, gardant les yeux rivés au sol. Styx… j’étais certain d’avoir déjà vu ce nom quelque part, mais où ? Je pense savoir quelle personne serait susceptible de me donner l’information, mais encore faudrait-il que je la retrouve. Une lettre de menaces assez étrange, les quelques unes que j’avais eut le ‘‘malheur’’ de recevoir jusque là étaient truffées de fautes et d’insultes. En tout cas, malgré une méthode d’expédition rudimentaire, cela semblait provenir de personnes plutôt organisées. Pas de chance pour elle.

    Je m’étirai longuement avant de me lever de mon siège, me préparant à quitter la pièce. Pas besoin d’être deux pour la surveiller, et l’action n’allait avoir lieu dehors visiblement. De plus, l’horaire fixé nous laissait largement le temps de leur organiser un accueil chaleureux : un peu moins de cinq heures pour se donner un ordre d‘idées.

    « On dirait qu’elle a déjà des fans, va falloir faire la queue pour les autographes, ironisai-je. – Etant donné qu’ils ont faillit m’ouvrir le crâne avec leurs conneries, je pense que cela me fait une bonne raison pour m’énerver. Garde la princesse, je reviens ~ »

    Bah, je me doutais bien qu’il n’allait pas rester là les bras croisés comme un idiot. Peut-être même qu’il allait vouloir coopérer, qui sait. Peut-être qu’il aurait un petit cadeau s’il se montre sage. Enfin, avant d’aller enquêter en ville, j’avais un petit truc à vérifier. Je remerciais infiniment les paresseuses secrétaires sur qui je comptais pour n’être toujours pas revenues de leur prétendue pause café, ce qui me permettrait de jeter un coup d’œil au dossier de la patiente. Oui, secret médical, bla bla bla… c’était juste pour voir ce qu’elle fichait dans la vie et son adresse, afin d’entrer par effraction et comprendre pourquoi on lui en voulait tant. Cela ne m’aurait franchement pas étonné qu’elle soit une taupe… la première que j’aurais démasquée, la plupart se faisaient plutôt discrètes, mais beaucoup se faisaient descendre avant même cela.

    Arrivée au comptoir – après un passage rapide à travers la zone réservée au personnel médical, c’était autrement plus simple d’emprunter un chemin connu – je constatai que le dossier n’avait pas bougé. Je ne me préoccupais même pas de savoir si l’autre médecin m’avait suivit ou pas, bien qu’il soit certain qu’il n’apprécie pas qu’on fouine dans les dossiers de ses patients. Enfin, je n’eus besoin que de quelques minutes pour lire les feuilles en diagonale et identifier les informations intéressantes.

    Je passai silencieusement par dessus le bureau pour aller réveiller l'ordinateur de la secrétaire et faire une petite recherche sur la base de données. Toutes les personnes descendant à Underland se faisaient ficher à leur arrivée, après attribution du domicile, travail et autres futilités. Même s'il devait y avoir quelques fichiers erronés et pas mal de morts dans le tas, c'était une manière assez fiable de se procurer des informations. Tiens, elle habitait justement en centre-ville, ce serait vite fait d’aller jeter un coup d’œil. Je fermai la fenêtre et remis l'ordinateur en veille, histoire d'éviter des doutes inutiles à la secrétaire quand elle daignerait faire enfin son travail. Allez, en route.

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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Mar 2 Avr - 20:06

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    – On dirait qu’elle a déjà des fans, va falloir faire la queue pour les autographes. Etant donné qu’ils ont failli m’ouvrir le crâne avec leurs conneries, je pense que cela me fait une bonne raison pour m’énerver. Garde la princesse, je reviens ~
    – A vos ordres, chef, répondit-il sur le même ton ironique, deux doigts sur la tête dans un salut militaire.

      Comme s'il avait mieux à faire, de toute façon.
      Le programmateur sortit comme il était entré, sans permission, sans observation, sans couverture. Pauvre idiot. Si sa vie lui importait si peu, il n'avait qu'à aller au-devant d'une fusillade, grand bien lui en fasse. Mais qu'il ne compte pas sur Anthon pour le suivre. A chacun sa merde.
      Et en parlant de merde, autant aborder le cas Styx. Qu'est-ce que ce colporteur venait foutre là ? Il n'y avait rien d'intéressant à voir, perturber ou répéter déformé et amplifié. Si cette femme était un danger pour Styx, il n'avait aucune raison de la lui livrer. Après tout, il n'était rien d'autre qu'un trouble-fête sans envergure, un petit malin qui attendait la fin du régime pour se hisser au sommet de l'échelle sociale. Et qui pensait qu'Underland le suivrait dans la débauche.
      Un type un peu dérangé, en somme.
      Anthon observa le visage impassible de sa patiente. Que savait-elle d'assez important pour que celui qu'on surnommait "le terroriste pacifique" cherche à l'achever ? Avait-elle découvert son identité ? Ses plans ? Sa réserve de bonbons à la fraise ? Le chirurgien avait du mal à prendre ce mec au sérieux, fut-il aussi connu que le Maire. Surtout lorsqu'il assistait à un massacre en bonne et due forme qui se déroulait pour protester contre ses graffitis obscènes. Et pourtant. Il échappait toujours aux autorités. Il se fichait éperdument de la tête du Maire sans encourir les moindres représailles.
      Quel qu'il soit, ce type était un génie du camouflage.
      Et malgré cela, il était hors de question qu'il lui livre sa proie. N'était-il justement pas là pour la sauver ? Lui et l'autre microbe malpoli, là.
      A cette pensée, il se tourna pour regarder par la fenêtre. Il pouvait apercevoir la tignasse blonde au milieu de la rue déserte qui filait vers le centre-ville. Bien. Qu'il s'amuse à rechercher un fantôme si ça lui chantait. Il pouvait découvrir son identité, le torturer si ça lui chantait, lui broyer les os, même le trainer à l'hôpital.
      Mais l'inconsciente ne quitterait pas son lit. 22h49 ou pas.




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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Ven 5 Avr - 22:18

De nouveau dehors. Il était déjà bien tard, les rues se vidaient progressivement, les prisonniers retraient chez-eux ou se retrouvaient à la taverne pour écouter les dernières rumeurs. Cela tombait à pic pour moi, je n’aimais pas la foule. Et puis, moins il y avait de témoins, mieux c’était pour tout le monde. Ce n’est pas qu’entrer par effraction chez quelqu’un soit exceptionnel ici, mais personne ne le faisait en public. Question de logique.

Devant la maison de la demoiselle. Un coin assez reculé du centre-ville, pas trop en vu depuis les rues principales. A croire que c’était fait exprès. En fait, je n’eus même pas à utiliser quelconque manipulation frauduleuse pour entrer : la porte était ouverte. A l’intérieur, tout semblait normal – du moins, elle ne semblait pas avoir été cambriolée. Quelques feuilles trainaient sur le bureau, attirant mon attention. Des rapports, au sujet choses plutôt compromettantes. Entre autres noms, celui de Styx figuraient à plusieurs reprises, tout comme celui d’une certaine Rosie. Vieille connaissance, hein ? Je sentais que cette histoire allait finir par me concerner bien plus que prévu, et je n’avais pas vraiment envie de me retrouver sur la liste noire des organisations du crime organisé de tout Underland.

Soupir. Je pliai les feuilles et les rangeait dans une poche intérieur de mon manteau, cherchant dans le reste de la maison. Pas grand-chose de plus, si ce n’était du matériel d’espionnage et un carnet de coordonnés potentiellement utiles. J’avais pris soin de ne pas trop déranger l’appartement, histoire de laisser croire que personne n’était passé ici. La moindre des précautions.

« Hm… c’est bien beau, mais je fais quoi de tout ça ? »

Il faudrait que j’étudie un peu plus en profondeur les différents rapports, mais il y en avait sans doute pour un sacré bout de temps. Enfin, peut-être qu’il m’en restait assez pour ça, mais cela ne donnait pas de plan d’action. Et puis, pourquoi aider cette femme ? Droguée comme elle l’était avec l’autre idiot de toubib, on n’allait pas pouvoir l’utiliser avant demain au mieux. Sous réserve qu’il n’en rajoute pas entre-temps, cet idiot. Je n’allais pas lui apprendre son métier, mais quand même.

Bon. De toute manière, l’endroit n’était pas sûr. Plus vite je me tirerais d’ici, et plus vite je pourrais régler ce bordel. Elle devait avoir pris pas mal de risques pour se retrouver dans une situation pareille, la collègue taupe. Mais d’un autre côté, je risquais certainement moins de me faire attraper en ne faisait pas mon boulot – bien que dans le cas présent, c’était presque ce à quoi me m’exposait et pour une raison encore plus stupide. Mais j’avais encore trop de choses à faire là haut pour me laisser crever, hein ? Stupide espoir, va.

**Clang !!**

Je sursautai, faisant volte-face vers la source du bruit. Un quelconque objet métallique venait de se casser la figure, mais personne ne semblait présent autre que moi. Pure hasard, ou maladresse tout aussi improbable d’une personne s’était introduite à mon insu ? Non, impossible… et puis flute, je réfléchissais trop déjà. Après un dernier regard sceptique dans l’habitation, je sortis discrètement et pris la route de l’hôpital. Et pourtant, ces fichus soupçons ne voulaient pas me quitter. A tord ? Rien n’était moins sûr.

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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Dim 14 Avr - 11:07

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Le rêve dans le rêve, nous voyagerons. Dans le silence, les empires se défont. Seuls, cachetés avec nos vertueux trésors, les royaumes tombent. En bas, quelle est la main qui ordonne ce tonnerre ? Dans ce silence, pleurons comme nous sommes déchirés. A quel Dieu dois-je m'adresser ?


      Le temps s'écoulait toujours trop lentement, lorsque l'on était en attente de quelque chose. Anthon s'occupait à son travail, comme d'ordinaire ; il enchainait les opérations ▬ bégnines ou mortelles ▬ et s'absentait toutes les dix minutes pour vérifier que sa patiente ne s'était pas envolée. Pas qu'il en ait vraiment quelque chose à faire, de cette fille, mais c'était son amour-propre qui était en jeu. Quand elle aurait réussi à survivre et qu'elle ne serait plus sous sa juridiction, Styx pourrait faire d'elle ce qu'il en voulait, que ça soit une poupée macabre ou une nouvelle décoration de chambre. Mais là, tant qu'elle n'était qu'à moitié sauvée, il n'en était pas question. On ne demandait pas à un cuisinier de ne faire que la moitié d'un plat ; on ne pouvait pas demander à un médecin de laisser crever ce qu'il avait passé une heure à tenter de sauver. Non mais ALLO quoi.
      De temps à autres, il s'assurait également que l'autre blondinet ne revenait pas. Il craquait une allumette, allumait une cigarette. Et puis il attendait. Deux trois minutes. Puis il repartait dans la salle d'opérations et se remettait au boulot, désespérant l'anesthésiste. Tu es bien tête-en-l'air, aujourd'hui, Anthon. Un haussement d'épaules et ça recommençait. 20h. Pause repas. 20h35. Pause clope. 21h08. Pause pause. 21h57. Mort d'un patient dans l'hôpital, débandade générale. 22h16. Départ de feu. Trois décès. De la paperasse en perspective. Et merde. 22h49.
      Personne en vue. Pas dans la chambre en tout cas. Et maintenant qu'il était l'heure, il n'était pas question qu'il sorte d'ici. C'eut été si simple de se débarrasser de la jeune comateuse. Un petit coup d'air dans les veines et hop, il n'y paraissait plus. En parlant de ça, il s'assura que la perfusion était toujours en place et complète. Et il attendit, observant le visage paisible de la survivante.
    ▬ J'étais sûr que vous ne viendriez pas au rendez-vous, entendit-il finalement derrière lui.
    ▬ C'était d'une évidence...

      C'était d'une évidence.
      Il se retourna pour faire face à l'homme dont tout le monde voulait tout savoir, que personne ne connaissait. Il le dévisagea un instant puis s'autorisa un sourire narquois.
    ▬ Alors c'était toi...




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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Mar 21 Mai - 21:38

De retour à l’hopital. La grande double porte vitrée se fermait derrière moi, me laissant seul dans le hall désert. Plus personne. Même la lumière était éteinte, c’était bizarre. Ils n’avaient même pas pris la peine de fermer ? D’un autre côté, cela aurait été plus difficile d’entrer sans ça, alors c’était plutôt un bon point cette fois. Pour notre ennemi aussi, mais je me doutais qu’il s’était suffisamment renseigné pour parer à toutes les éventualités. Tu parles d’un tueur, sinon.

Je grimpais les escaliers tranquillement, en profitant pour jeter un œil aux papiers. Mes yeux s’étaient habitués à l’obscurité, mais j’avais un peu de mal à déchiffrer son écriture. Des notes prises à la va-vite, comme toujours. Il y avait plusieurs rapports successifs faisant référence à Styx. Le dernier de ceux-là remontait à deux semaines, il y avait une heure et un lieu de rendez-vous en face. Adresse qui m’était inconnue en tout cas, ce devait être un code. De toute manière, cela ne m’était d’aucune utilité dans l’immédiat. La note finale en revanche était plus inquiétante. Elle datait de dix jours. Ils ont retrouvé ma trace, je ne suis plus en sécurité. Mais je ne les laisserai pas t’avoir. Rupture de la communication le temps qu’il fasse son ouvrage. – Fin.

« Fail. »

Je soupirai. Encore à parler tout seul, la solitude me pesait être ? J’avais même l’impression de me parler plus à moi-même qu’à mes propres collègues. Au moins, j’étais certain de me comprendre, c’était plus compliqué avec les autres forcément. Quoique beaucoup soient plus tordus d’esprit que moi ici, je continuais de me sentir à part dans ma façon d’être comme de penser. Enfin, là n’était pas le sujet. Cette femme s’était faite coincée, et on l’avait traqué jusqu’à aujourd’hui. Elle avait réussi à survivre dix jours... plutôt un bon score avec une épée de damoclès au dessus de la tête. Reste qu’elle avait voulu jouer à la plus maline, et qu’elle avait perdu.

Pourtant... elle n’était pas encore morte. Miracle ou pas, elle avait encore une chance de changer son destin. Par contre... cela ne lui ressemblait pas. Styx n’aurait pas raté une cible de cette façon, c’était trop gros. Ce type avait sa réputation, dès qu’on était dans son viseur, c’était un compte à rebours qu’on avait au dessus de la tête. Au moment exact où ce compte atteignait le zéro, c’était la mort qui frappait. Il n’y avait pas d’échappatoire. Alors pourquoi ? Peut-être ne voulait-il simplement pas la tuer ? Ou alors, une inconnue se glissait dans l’équation... eh bien, on était avancés avec ça.

Finalement, je m’étais assis sur une marche pour feuilleter le dossier, remontant le temps jusqu’aux origines. Cela devait faire environs un mois qu’elle était dans cette affaire, à en juger par les dates. Peut-être un peu plus, je n’avais pu trouver que les rapports récents, remontant a trois semaines tout au plus. Pour ce qui était de Rosie, c’était à peu près pareil. Cette peste était pourrie jusqu’à la moelle, la retrouver dans ce genre d’affaires ne m’étonnait plus. Jusqu’où pouvait-elle aller, je n’en avais aucune idée. J’aurais tout le temps d’en faire l’expérience, de toute manière.

Je jetai un furtif coup d’œil à ma montre, vérifiant qu’il n’était pas trop tard. Il me restait encore une bonne heure. Bah, pas la peine d’aller vérifier la chambre, l’autre maniaque devait déjà s’en occuper. En revanche, un petit tour de repérage pouvait être utile. Par où pouvait-on entrer dans la chambre ? Il y avait le couloir ou la fenêtre. Pour ce qui était de l’entrée extérieur, c’était plutôt inenvisageable sans avoir un sacré matos. Et c’était aussi se chercher des complications où il n’y en avait pas, finalement. Sans doute qu’en bon paranoïaque on y aurait pensé, mais avec un minimum de raison, on pouvait l’exclure facilement. Reste donc le couloir, soit quatre sous-accès par les différents escaliers à chaque bout et le prolongement du couloir.

Hm... problématique. Même si j’avais appris à faire le boulot pour quatre dans mon domaine qui était la programmation, je ne savais pas encore me multiplier. Eh puis, force de flemme, j’avais appris à me fier au travail d’équipe. Même s’il fallait repasser sans arrêt par-dessus pour la forme. Vite fait, relu en diagonale, quoi. Tant que ça marche. C’était un peu le même principe ici. On faisait avec les moyens du bord. Je commençai par faire quelques allers-retours dans les couloirs, faisant le tour du bâtiment tout en remontant le fil de mes pensées. J’avais fini par fatiguer un peu et je m’étais adossé à un mur quand un bruit attira mon attention. Comme une porte qu’on ouvre. Instinctivement, je regardai ma montre : 22h49, l’heure H. Ponctuel, on dirait.

« J'étais sûr que vous ne viendriez pas au rendez-vous.
- C'était d'une évidence... »

J’arrivai calmement par derrière, observant l’homme qui me tournait le dos. Il semblait être venu seul. Et plutôt confiant, pourtant. Il ne montrait pas de signes d’hostilité. Il faisait à peu près la trentaine, la chevelure noire s’accordant parfaitement avec son costume de la même couleur, surmonté d’une grande cape noire. Une paire de lunettes de soleil masquait ses yeux, bien qu’il ne semble pas inquiet d’apparaitre en grand jeu.

« Alors c'était toi...
- Qui d’autre ?, répondit-il avec un sourire carnassier. – Puisque vous me connaissez déjà, inutile d’épiloguer sur les présentations, alors allons droit au but. Je me vois dans le regret de vous demander d’obtempérer immédiatement.
- Objection. »

Son sourire s’effaça subitement. Il se retourna alors pour me faire face, me jetant un regard glacial. Puis soupira. Certes il n’était pas surpris, je me doutais bien qu’il m’avait repéré, et je ne cherchais de toute manière pas à me cacher. Mais il semblerait que cette intervention ne fut pas la meilleure chose à faire, aussi curieux que cela puisse paraitre...

« Vous me paraissez bien fou pour oser vous interposer. Laissez-moi vous raconter un brin d’histoire en cas... déclara-t-il en s’approchant de la fenêtre, sous le regard méfiant du chirurgien. – Cette jeune femme que vous avez sauvée... sait beaucoup de choses. En particulier à propos des relations personnelles que Mr. le Maire entretient avec certaines des personnalités les plus influentes de ce bas monde. Et... aussi à l’extérieur. De nombreuses réunions secrètes sont organisées, je ne sais où d’ailleurs, mais je sais qu’il y est questions de contrats importants. Il se tourna alors vers Anthon, le fixant droit dans les yeux : Qu’adviendrait-il si tout cela venait subir des fuites ? »

Il resta silencieux un instant, lui faisait pourtant comprendre du regard qu’il n’attendait aucune réponse de sa part. Du moins, pas de réponse orale. Styx s’écarta alors de la fenêtre, passant devant le lit de patiente avec un léger regard en biais à sa perfusion. Il ne pourrait pas l’éliminer sans avoir à l’affronter, de toute manière. Mais une question persistait dans mon esprit... pourquoi nous parlait-il de cela ? Il nous... non. Ce n’était pas possible ? Un piège aussi gros... venait de se refermer sur nous.

« Que décidez-vous, alors ? La décision n’appartient qu’à vous, je ne puis la prendre à votre place. »

Dit avec une telle nonchalance... il voulait me pousser à bout, était-cela ? Nous étions dans de beaux draps. Avec ce qu’il nous avait raconté à l’instant et les rapports de cette taupe, nous savions probablement déjà trop. Il n’allait peut-être pas nous éliminer maintenant, mais cela ne serait qu’une question de temps. Celui de vider la ‘death list’ en attendant que vienne notre tour. Mais l’autre l’avait-il compris ? Et y avait-il seulement une issue ?... j’aurais pu le descendre, un bon vieux plomb dans la cervelle. Mais je n’étais pas très friand de ces méthodes, et rien n’excluait qu’il ait prit des précautions. Que faire ?

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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   Mer 17 Juil - 11:31

100*100 100*100  
Le rêve dans le rêve, nous voyagerons. Dans le silence, les empires se défont. Seuls, cachetés avec nos vertueux trésors, les royaumes tombent. En bas, quelle est la main qui ordonne ce tonnerre ? Dans ce silence, pleurons comme nous sommes déchirés. A quel Dieu dois-je m'adresser ?


      Dans le milieu hospitalier, on connait beaucoup de personnes. Il y a des gens qui vous doivent la vie, d'autres qui rêvent de vous la prendre. Styx faisait partie des deux catégories.
      Lorsqu'Anthon était arrivé à Underland, il ne connaissait les règles des criminels qu'en surface. Et les règles de la surface étaient plus tendres que celles qui sévissaient à Underland, la raison étant qu'elles n'étaient pas approuvées par un gouvernement autoritaire et n'engageaient pas leur lapidation sur place publique. Bref. Lorsqu'Anthon était arrivé, il avait pris sa place dans l'hôpital et avait dû s'intégrer rapidement pour palier à l'impressionnante charge de travail qui faisait déjà trembler les murs de l'hôpital.
      Il avait vu arriver M. Jonas Klembton quelques jours après sa propre admission, avec d'importants débris de métaux dans le thorax. Il se souvenait encore de son regard froid et dur, de l'impression qu'il lui avait laissée en refusant l'anesthésie. Il l'avait eu à l'usure... et par la ruse. L'opération avait duré cinq heures. Ils avaient réussi à lui sauver la vie mais l'homme avait conservé une rancœur tenace à son égard : ils avaient été, disait-il, contre sa volonté, ils avaient bafoué ses droits et caetera.
      A force de converser, ils étaient arrivés à une trêve et s'évitaient d'un commun accord. Si jamais ils en arrivaient à se côtoyer, s'ensuivait un dialogue cordial mais rien de plus. Ils se connaissaient donc a minima, même si un froid glacial se tenait parfois entre eux.


    ▬ Bien, mettons les choses au clair. Je me fiche de savoir qui est cette femme et ce qu'elle a fait pour se retrouver dans ta ligne de mire, Styx. Ici, elle n'est rien de plus ni de moins que ma patiente. Tu devras attendre son rétablissement complet pour régler tes comptes. Tu devrais pourtant le savoir.


      Taupe, prisonnière ou native, cette femme était sur un lit d'hôpital, astreinte à son service. Voilà ce qui importait au chirurgien. Il ne signerait pas d'acte de décès dans son service s'il pouvait l'éviter. Et coopérer avec ce fasciste brutal reviendrait à signer lui-même l'arrêt de mort de sa patiente. Signer son échec. Et ça, il ne le permettrait pas. Il jeta un rapide coup d’œil à Shimaray, réajusta la perfusion de sa patiente. Puis, dans l'ordre des choses, il tira son glock et ôta la sécurité avant de le pointer vers l'intrus.


    ▬ Je t'encourage fortement à partir mon cher. Maintenant.


      Ce n'était pas la chose la plus intelligente à faire. En fait, c'était sans doute la dernière chose à faire. Mais voilà, Anthon avait vécu au milieu des gangs. Il savait que l'intimidation était une pièce maitresse. Et il n'avait pas peur.
      Un seul mot de travers, et il tirerait. Criminel ou pas.



Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: « Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray   

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« Cadavre : Produit fini dont nous sommes la matière première » ••• With ; Shimaray

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