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 Who Are You, Amy Crow ?

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MessageSujet: Who Are You, Amy Crow ?   Mer 12 Sep - 16:55


Carte d'Identité


NOM : Crow
Prénom(s) : Amy
Surnom(s) : J'vous laisse le soin de me trouver un beau surnom. Soyez créatifs !
Âge : 15 ans
Nationalité : Américaine de par sa mère.
Raison de sa présence à Underland : Sa naissance.

Métier : Comédienne
Une phrase qui caractérise son métier : Jouer un rôle, c'est oublier pendant un instant qui je suis réellement.

Groupe : Native


Caractère, physique, histoire


CARACTÈRE :

« I remember tears streaming down your face,
When I said I’ll never let you go. »

La foule bousculait la jeune Amy. Les yeux rivés au sol, elle crut que sa tête était sur le point d’exploser. Assez. Assez. Assez ! Elle n’en pouvait plus de cette vie dont elle n'avait jamais voulu. À quoi rimait donc son existence ? Elle semait la mort sur son chemin. Elle ne voulait plus agir ainsi. Elle voulait être enfin maître de sa vie. Impuissante, elle subissait les humeurs de son Autre. Les larmes lui montèrent aux yeux. Une seule certitude lui vint : elle était seule, perdue entre deux mondes. Le sien composé de sa vie, de son existence. Et celui de Zoey. Elle partageait son corps avec une autre sans que qui que soit ne se rende compte de rien. Des fois, elle avait envie d’en finir avec la vie. Ce fardeau était trop lourd à porter pour une fille de sa carrure. Elle n’avait pas les épaules pour cela. Toutefois, si ces idées noires la traversaient souvent, elle songeait bien vite à autre chose. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire.
Souvent, elle aimait se comparer avec les êtres qui la frôlaient. Elle essayait d'imaginer l'existence de chacun, réécrivant leur histoire juste pour passer le temps et s'évader quelques instants, loin de la terreur omniprésente en son esprit. Zoey. Ce seul prénom suffisait à la faire trembler. Elle ne la comprenait pas et le craignait. Comment aurait-elle pu faire quoi que ce soit dans de telles conditions ? La tête entre ses jambes, elle rumina en silence, broyant du noir dans son coin. C’était souvent ainsi.

Un garçon – un gamin même – l’observa du coin de l’œil. Elle ressentit le regard lourd et pesant que lui lançait le môme. Elle se concentra et vit que ce gamin était son reflet au niveau du caractère. Tout comme elle, il était timide, craignait de prendre la parole en public pour s’exprimer librement. Ses parents avaient eu beau l’encourager à parler devant tous, elle n’y était jamais parvenue. De nature discrète, elle ne se faisait que très peu remarquer. Ses professeurs parlaient toujours d’elle en bien. Le théâtre eut un effet bénin sur sa personne. Elle adorait jouer durant des heures sur les planches. Être quelqu’un d’autre à chaque fois était une chose merveilleuse. Pendant quelques heures alors, elle oubliait ses problèmes. Rien d’autre ne comptait à ses yeux si ce n’est son jeu de scène. L’oral n’était pas son truc certes, mais elle excellait à l’écrit. Effacée, elle craignait le jugement des autres. C’était une des raisons pour lesquelles elle n’ouvrait pas la bouche en cours, ainsi que lorsqu’elle était en compagnie de ses amis. Elle écoutait avec attention chacune des paroles de son entourage mais y allait rarement de son petit commentaire. Elle souriait de temps en temps, riait rarement. Elle était bien trop absorbée par la misère humaine se répercutant dans chacun des coins de sa tête. Personne ne pouvait comprendre ce qu’elle endurait au quotidien. C’était bien là le problème. Trouver une oreille compatissante pour l’entendre se plaindre de sa vie n’était pas au programme.
Le garçonnet s’en alla, remplaçant une jeune fille au look de punk sur le pont. Amy la détailla avec attention. Elle aussi possédait un léger côté rebel. Bien sûr, elle ne le montrait pas ouvertement. C’était tout simplement invisible à l’œil nu. Ses fringues n’exprimaient rien, sa peau était vide de tous piercings et son corps dépourvu de tatouage. Pourtant, il y avait une part d’elle d’obscurité. Comme en tous. Mais elle, elle pouvait presque toucher cette autre qu’elle percevait au plus profond de son esprit. Elle ne saurait l’expliquer avec des mots. C’était angoissant. Elle avait l’impression que la mince part d’elle-même devait chaque fois se battre pour pouvoir survivre. Bien sûr, ce n’était qu’une impression.

La voix retentit à nouveau. Douce, suave, alléchante. Elle ne devait pas l’écouter. Elle le savait. Voilà plusieurs années qu’elle avait appris à vivre – à survivre – en sa compagnie. Elle n’aurait jamais dû lui faire confiance. Il avait suffit d’un instant pour qu’elle arrive. Un énième malheur à affronter. Elle semblait vouloir l’hypnotiser grâce à ses paroles. Une sale vipère sachant où et quand user de son venin. Chacun de ses coups était mortel. Chaque nouvelle pique, phrase lancée au dépourvu mais toutefois bien calculée, lui faisait un léger pincement au cœur. Mais cela ne fonctionnait plus. Plus maintenant. La fillette connaissait le pouvoir des mots, elle savait que les mots étaient des armes. Sans effet sur elle depuis qu’elle avait su saisir les nuances de chacun des textes qu’elle avait pris plaisir à lire. La frustration de Zoey lui tira un sourire. Discret. Amy était toujours aussi craintive, aussi faible, aussi geignarde. La même pleurnicheuse que lorsqu’elle était enfant. Mais peu importait. Elle ne pouvait pas se permettre d’accorder à nouveau sa confiance à son Autre. Cet être était le pire qui soit. Les actes qu’elle l’avait obligée à faire la répugner. Elle ferma les yeux, tenta de chasser ces images de mort de son esprit. Tout cela semblait si réel. Pourtant, ce n’était que le passé. Un triste passé qui l’obligeait à vivre dans la terreur et l’horreur. Les cris de ses victimes résonnèrent à ses oreilles. Ce n’était pas sa faute. C’était Zoey. C’était elle qui l’avait forcée. Elle enfouit sa tête entre ses mains, masquant les perles qui coulaient le long de ses joues. Assez.

Elle se pencha par dessus bord et faillit basculer dans le vide. Quelle idiote ! Sa tête tournait, elle dût s’asseoir et inspirer puis expirer calmement pour pouvoir enfin retrouver son souffle. Avoir le vertige était la pire des saloperies qui pouvait lui arriver. Lorsqu’elle eut retrouvé ses esprits, elle sortit une barre chocolatée de sa poche et croqua dedans. Le cacao avait le don de la calmer. Un formidable remède dont elle usait souvent. Trop peut-être. Mieux valait qu’elle se drogue au chocolat plutôt qu’à la fumette, non ? Elle inspira profondément une dernière fois avant de faire demi-tour. Les devoirs l’attendaient. Un rôle à répéter. Ce n’était donc pas une corvée. Un curieux plaisir aux sensations très étranges, même.


Ce qu'il aime : Le chocolat, la littérature, le théâtre, Cocaïne…
Ce qu'il déteste : Zoey.



PHYSIQUE :

« Don't,
Let yourself down
And don't let yourself go
Your last chance has arrived. »

Un pas. Puis un autre. Elle avançait, cheminait en silence à la manière d’une marionnette. Elle n’était plus maîtresse de son corps, autrefois le sien. Zoey. Qu’avait-elle mérité pour être ainsi manipulée ? L’Autre lui murmurait des mots doux à l’oreille, lui disant que tout allait bien. C’est faux. Elle n’allait pas bien. Elle ne comprenait pas pourquoi Zoey la traitait ainsi. « Tu n’as pas été sage » ne cessait-elle de répéter « Tu seras punie. » Non, elle ne voulait pas subir une nouvelle fois son courroux. N’avait-elle déjà pas assez souffert ? Des larmes coulaient sur ses joues opalines. Le vent fouettait son visage. Les embruns embrumaient ses narines. L’air de la mer saturait tout son environnement. Rien d’autre à perte de vue que de l’eau et encore de l’eau. Tout cela lui donnait le mal de l’air. La houle venait se projeter avec violence contre les supports du pont. Son corps ondulait sous le vent. Elle était roseau. Pliée sous l’air qui s’engouffrait dans chacune des parties de son corps. Elle ne faisait plus qu’un avec cet élément.

Là, elle surplombait le monde. Sa crinière brune ondulait telles des vagues. Une cascade d’ocre plongeait jusque dans son cou, serpentant ses épaules pour finalement se terminer en de magnifiques boucles au niveau de ses côtes. Amy tremblait : de peur ainsi que de froid. Elle pouvait presque sentir la houle lui lécher les plantes de pieds. Ses pieds si fins, si maigres, presque plaintifs. Des écorchures salissaient ses orteils. Sa peau entière en était recouverte. Zoey l’avait obligée à se mutiler. Zoey avait prit les devants lorsque la petite avait refusé. Elle l’avait fait souffrir. Les larmes coulaient toujours sur sa joue. Amy contemplait le vide qui s’offrait en dessous d’elle ainsi que l’eau, lisse et d’un bleu sans nom. Elle commença à chanter une comptine pour enfants. Cette même chansonnette que sa nourrice lui chantait le soir, pour combler l’absence de sa mère.

Chose étrange, ses yeux n’étaient pas encore gonflés, ou même rougeâtre suite aux pleurs qu’elle versait en silence. Ils avaient gardé leur fragilité d’antan. Toutefois, leur joie de vivre était inexistante. Seul le vide comblait ce manque. Ils avaient toujours leur même teinte noisette. Une couleur à faire pâlir plus d’un écureuil. Mais l’absence était la première chose que l’on remarquait lorsque notre regard se posait sur ces prunelles autrefois si indolentes, si fraîches. Elles n’étaient plus que l’ombre d’elles-mêmes. Un froid sans nom vous paralysait la gorge au contact du premier regard. Vous haletez, cherchez votre souffle et le reprenez au prix de périlleux efforts. Tout cela à cause de ces iris dont vous ne comprenez pas l’origine. Une détresse infinie se lit en chacun de ses yeux.

Amy éternua. Son nez droit et aquilin lui donnait des airs de grande fille. Mais au fond, ce n’était rien d’autre qu’une enfant. Ses lèvres prenaient une forme de deux cerises qui ne demandaient qu’à être croquées à pleines dents. Ses cils broussailleux lui donnaient un air de sauvageonne quoi que totalement fille civilisée. Quelques grains de beauté parsemaient son grain, tout cela donnait l’illusion que la petite Amy avait la peau maculée de plusieurs grains de sable en accord parfait avec ses iris. Le lobe de ses oreilles était percé de deux anneaux très discrets. Rien de bien tape à l’œil. Juste sobre.

Il est étrange de constater comme son humeur était en parfait accord avec son style vestimentaire du jour. Une absence totale de couleurs. Une absence totale de joie ou de bonheur. Le noir proférait petit à petit, jusqu’à la ronger complètement. Zoey allait gagner. Elle ne voulait pas lui laisser cette satisfaction mais il lui était impossible de lutter. Ses ballerines reposaient déjà au fond de l’eau. L’Autre l’avait forcée à les jeter en premier. Elle n’aurait de cesse que quand Amy lui aurait présentée ses plus plates excuses. Elle fit un pas puis un autre, toujours en direction du vide.
Elle pleurait en silence. « S’il te plaît » articula t-elle à l’attention de Zoey. « S’il te plaît… Tout sauf ça. Pitié. Pitié. » Un rire sortit de la gorge d’Amy – ou de Zoey – des éclats secs, sans émotion. Juste de la haine habitait ce timbre asexué. Son corps frêle et maigre se faisait ballotter par les différents vents, ne lui laissant aucun répit pour souffler un peu. L’Autre était heureuse de pouvoir voir sa marionnette ainsi maltraitée. « Zoey… Laisse-moi vivre. Nous ne formons qu’un. C’est tentant n’est-ce pas ? Pourtant, si jamais je chute dans le vide, toi aussi tu disparaîtras. À jamais. » Zoey parut réfléchir. Pas à pas, Amy redescendit du pont, dévoilant des traces de mutilations sur ses bras.



HISTOIRE :




Et toi, derrière ?


Pseudo : Suko-Chan
Depuis combien de temps faites-vous du RP? Un an.
Avatar de votre personnage : Taiwan d'Hetalia Axis Power
Comment avez-vous connu le forum ? J'sais pas, c'est Coca qui voulait un fow où on pourrait rp toutes les deux et j'suis tombée ici je ne sais comment.
Commentaire ? Nyaaa !!!
Et enfin, le code : Z'avez déjà essayé de faire tomber des cerises d'un arbre avec un chou de Bruxelles ? C'est pas le top niveau précision, mais bon c'est une manière comme une autre *tousse tousse* d'avoir des cerises sans grimper aux arbres ! ♥




Dernière édition par Amy Crow le Sam 20 Oct - 16:26, édité 6 fois
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Qui désire une bonne bière belge ?
Qui désire une bonne bière belge ?

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Crime: Elle aurait assassiné son ex....
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MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Mer 12 Sep - 17:05

Coucou !
Bienvenue à toi ! J'ai hâte de lire la suite de ta présentation ^^

J'espère que tu t'amuseras bien parmi nous Razz
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Laisse-moi dessiner ta noirceur.
Laisse-moi dessiner ta noirceur.

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MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Mer 12 Sep - 19:06

*Balance une patate* BIENVENUUUUUE !!
*repart*


Si être bizarre signifie être différent, alors être bizarre n'est pas forcément une mauvaise chose.
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Crime: Un massacre dans les règles.
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MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Mer 12 Sep - 19:13

Bienvenue ^^
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C'est d'la bombe !
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Crime: sa naissance
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MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Dim 16 Sep - 10:54

Bienvenuuue ! Un petit coup de lumière ? Un petit coup de couleur? Compose le... /SBAM/
Très bel avatar. ♥
(groumph, la vie devant soi.)


Und der Haifisch der hat Tränen, und die laufen vom Gesicht. Doch der Haifisch lebt im Wasser so die Tränen sieht man nicht.  In der Tiefe ist es einsam und so manche Zähre fließt. Und so kommt es, dass das Wasser in den Meeren salzig ist.

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« Nul n’est censé ignorer la loi. »
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Crime: /
Toutes ces petites choses à savoir:

MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Dim 16 Sep - 11:13

Bienvenue à toi, Amy ♥
C'est un très beau début de fiche que tu nous offre là, j'ai hâte d'en lire la suite ! Bonne continuation et si tu as la moindre question, n'hésite pas =)


Règle #1 : Le Passeur a toujours raison.
Règle #2 : Si le Passeur a tort, se référer à la règle #1
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MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Sam 20 Oct - 16:24

HISTOIRE :

    « Tu sais ce que c'est une putain ?
    - C'est des personnes qui se défendent avec leur cul. »

    La vie devant soi
    ; Romain Gary

L’enfant fermait les yeux pour ne pas voir ce spectacle horrifiant. Mais c’était plus fort qu’elle. Elle était tentée de regarder. Juste pour assouvir sa curiosité. Elle ne pouvait pas prévoir ce qui allait se passer, sans quoi elle n’aurait jamais accepté cette partie de cache-cache. Mas c’était de son âge, de s’amuser.
Les deux corps se mélangeaient d’une bien étrange manière. Amy n’avait jamais vu telle chose. Sa mère était allongée, nue, poussant de légers cris alors que l’homme était agenouillé sur elle. Entièrement nu lui aussi.
Amy entrouvrit un peu plus la porte du placard. Davantage pour avoir plus d’air que par réelle envie. Elle ne pouvait pas se permettre de sortir maintenant, alors que sa mère semblait prendre un réel plaisir à se faire chevaucher par un inconnu. Tout cela la dégoûtait. Les gonds grincèrent. Elle se plaqua contre le fond, dos contre le bois, haletant légèrement, paniquée à l’idée que sa mère puisse la trouver. Elle tenta de maîtriser les battements de son cœur, ne voulant pas céder à la panique. En vain. Elle pouvait déjà imaginer nettement la gifle qu’elle recevrait, là, sa peau la brûlant, la marque rouge ne s’effaçant pas jusqu’au lendemain tant cette femme avait une poigne de fer. Les larmes lui montèrent naturellement aux yeux. Il avait suffit qu’elle visualise cette scène pour que ses joues opalines deviennent humides. C’était toujours ainsi.

Les pas se rapprochèrent en la direction de sa cachette. Elle aurait aimé être une petite souris pour pouvoir passer inaperçu. Mais cela était impossible. Elle se mordit la lèvre inférieure par instinct. Un tic qu’elle avait lorsqu’elle pressentait les ennuis arriver. Ses jambes se mirent à trembler. Son frêle corps ne la portait plus. Elle allait la trouver. Ici et maintenant. Elle ferma les yeux, attendant que sa génitrice surgisse soudainement. Le plus terrible était ce silence. Lourd. Il semblait peser sur les épaules de l’enfant. Il l’entourait, l’enserrait jusqu’à la terrifier plus encore. Il semblait l’appeler, lui murmurant des mots doux à l’oreille. Des messages de mort aussi. Elle prit sa tête entre ses mains, se bouchant les oreilles pour ne plus entendre ce satané silence qui l’obsédait.
La main se posa sur la porte en bois. La môme pouvait sentir le souffle rauque de sa mère, essoufflée, haletante et épuisée par l’exercice qu’elle venait d’effectuer. Son métier n’était pas de tout repos. Les doigts effleurèrent les ramures, les ongles se mirent à gratter, produisant un léger son crispant.
Amy retint son souffle à nouveau. Ça y est. Elle était là. Toute proche. Deux prunelles scrutèrent l’espace restreint dans lequel cette enfant s’était réfugiée, à la manière d’un animal plaintif. Malgré le peu de visibilité que lui offrait sa prison, Amy aurait jugé voir un sourire sur les lèvres de sa génitrice. Elle disparut aussitôt, retournant auprès de son client du jour.

- C’était quoi ? demanda l’homme à la voix rauque.
- Un simple courant d’air, répondit l’autre.

Et ils recommencèrent. Leurs corps s’enlaçaient pour ne former plus qu’un à nouveau. Tout cela sous les yeux horrifiés d’Amy qui n’en supportait pas plus. Elle avait beau fermer les yeux, les sons lui parvenaient toujours. Alors, elle se boucha les oreilles, ne voulant plus souiller son âme avec des cris dont elle ne comprenait pas le sens. Malgré cela, le bruit était si puissant que tout lui apparaissait nettement. Entendre semblait encore pire que voir. Elle pouvait imaginer la scène dans les moindres détails. Là, une question lui parvint, effacée. L’avait-elle rêvée ? La phrase ne lui était pas adressée. Elle en était certaine. Bien sûr, sa mère savait désormais qu’elle était là. Elle l’avait vue de ses propres yeux, s’amusant même de voir sa fille l’épier en une telle situation. Mais le « Tu aimes ? » avait été prononcé d’une façon si particulière qu’Amy doutait que sa mère ne s’adresse réellement à l’homme. Celui-ci, d’ailleurs, ne parut se rendre compte de rien et lui répondit par de longues caresses sur tout le corps. Elle avait hurlé cette phrase à plusieurs reprises. L’enfant, elle, sanglotait désormais. Non, elle n’aimait pas le spectacle. Elle ne voulait plus voir ces horreurs. Assez. C’en était trop.
Elle pleura en silence, étouffant ses sanglots pour ne pas offrir ce plaisir à sa mère. « N’aie pas peur. » Elle leva la tête, curieuse et effrayée à l’idée de comprendre d’où provenait cette voix. Ses yeux s’étaient désormais habitués à l’obscurité. Ce n’était pas pour autant qu’elle discernait un quelconque faciès au milieu de cet endroit. Elle essuya quelques unes des perles qui avaient roulé sur sa joue, se retenant de pleurer à nouveau. Elle appela la voix du bout des lèvres, lui demandant si elle était toujours là. Silence. Elle n’avait pas rêvé. La phrase avait retenti du plus profond de sa tête. Quelqu’un était là, près d’elle. Quelqu’un qu’elle ne pouvait voir mais elle sentait sa présence. Les questions se bousculèrent sous son crâne mais aucune ne parvint à franchir le seuil de sa bouche, encore sous le choc. Alors qu’elle était toujours transie de peur, que ces deux êtres feulaient toujours dehors, que les bruits devenaient plus pressants que jamais, que son cœur manquait de rater un battement à chaque nouvelle seconde que le temps s’égrenait, elle eut cette curieuse pensée pour une gamine de son âge : « J’ai vieilli. »



« No one would ever change this animal I have become,
Help me believe it's not the real me
Somebody help me tame this animal. »

L’animal se débattait sur la table. Il couinait, jappait, appelant à l’aide. Personne ne lui répondit. Les lames crissaient les unes contre les autres, vrillant les tympans de la bête et de la môme. Elle devait le faire. Le canidé se mit à aboyer, grognant par moment pour prouver sa force et son autorité. Mais l’enfant ne se laissa pas impressionner par tant de bruit inutile. Elle s’attacha les cheveux, ne voulant pas avoir la vue brouillée par l’une de ses satanées mèches rebelles alors qu’elle allait s’amuser un peu. Jouer. Le mot paraissait bien incongru en une telle situation. C’était d’un être dont nous parlions. Un être qui respirait le même air qu’elle, vivant sous terre lui aussi, tombé ici sans doute par mégarde. Mais il était comme elle. À défaut qu’il possédait quatre pattes, une queue et un corps parcouru de poils. Un animal, rien d’autre. C’était ce qu’elle allait devenir aujourd’hui même d’ailleurs. Une bête sauvage assoiffée de sang.

Le chien se mit à mordiller avec rage les liens qui le retenaient. C’était tout bonnement inutile. Amy prit une chaise et s’assit, s’amusant à lire la peur dans les yeux de cette boule de poils. Elle ne se savait pas si impressionnante. Ici erraient des monstres, des vrais. Les mêmes qu’elle retrouvait dans ses histoires lorsqu’elle était plus jeune encore. Ces histoires que lui contait sa nourrice, parmi tous les autres enfants de putes. Tantôt heureuses, tantôt sinistres. Mais l’enfant les adorait. Elle était toujours en train de quémander un beau conte de fée juste pour son plaisir personnel. Elle en voulait toujours plus, sa curiosité ne semblait jamais satisfaite. Elle se souvenait de chaque détail de chacune des histoires. À chaque fois qu’elle se les remémorait, elle croyait voir vivre ce conte sous ses yeux. Le Prince était là, toujours aussi beau que dans ses souvenirs. Il lui souriait doucement. Ses habits évoquaient sa richesse, oh comme elle aurait aimé pouvoir porter des vêtements semblables, si doux au toucher, si propre ! À cette pensée, elle se jugea du regard. Elle ressemblait à un canard avec son chemisier sortant de sa jupe à tout moment. La queue d’un canard. Mais nul ne se soucierait de son esthétisme en un tel moment. Pas même sa victime. Sa seule préoccupation semblait de revenir vivant de ce jeu cynique. Pas con, le chien.
Ce fut au tour de la Princesse d’apparaître, se glissant contre le Prince. Qu’ils semblaient beaux tous deux à s’aimer ainsi. Les deux avaient l’âge de leurs cœurs. Amy fut attendrie par cette scène due à son imagination furtive. Un sourire s’échappa de ses lèvres. C’était si beau, l’amour. Elle espérait connaître un tel sentiment, un jour. Peut-être.
Les odeurs lui apparurent nettement ensuite. L’odeur de la terre battue sur laquelle les deux personnages marchaient main dans la main, suivie de près par celle de l’herbe fraîchement coupée, embaumant la pièce. Les fleurs laissaient aussi un arôme des plus doux. Une touche de sucré vint se joindre au tout. Cela sentait si bon. Le couple s’en alla, rigolant à tout rompre ; disparaissant petit à petit, brisant l’illusion que ce souvenir venait de créer. Ce n’était que son imagination.

Ce qu’il y a de triste avec les bons souvenirs, c’est qu’ils ne sont plus que des souvenirs, justement. Les mauvais souvenirs, eux, dureront éternellement, nous torturant jusqu’à notre chevet de mort. L’enfant ne savait toujours pas dans quelle catégorie placer celui-ci. Elle piétinait d’impatience à l’idée de le faire mais était totalement désemparée à cette optique, face à ce geste si cruel qui était d’ôter la vie. Tous savaient le faire. C’était en chacun , bien avant de devenir un criminel. Ce geste était inné chez les Hommes. Cela semblait si simple de prendre ce couteau et de le planter dans la carotide de ce clébard. En théorie du moins. La pratique semblait quelque peu plus difficile à instaurer. Cela demandait de la concentration. C’était pour cela que les fenêtres étaient closes, elle voulait éviter que les bruits de l’extérieur ne viennent la perturber pendant son travail. C’est ainsi qu’était le mot. Travail. Ce n’était plus un jeu. Elle comprenait désormais toute l’importance de cet acte. « Courage. » lui insuffla Zoey. Il lui en manquait tellement, à elle, du courage. N’était-ce pas une marque de servitude que d’obéir ainsi aveuglément à cette voix dans sa tête ? Elle n’y pouvait rien. Elle était ainsi. Si faible. Elle se dégoûtait presque. Mais là, elle avait l’occasion de rattraper ses erreurs, de changer sa nature même, d’oublier qui elle était réellement pendant l’espace d’un instant. L’obscurité couvrait peu à peu l’endroit, le rendant plus sinistre encore. Tout cela n’augurait rien de bon. Malgré les précautions prises pour éviter toute distraction, son ouïe réussit tout de même à entendre au loin un vol de corbeaux crever le silence régnant depuis trop longtemps déjà à son goût. C’est ce son qui l’interpella. Le chien s’était tu, comme pétrifié par ce qui allait suivre, comprenant l’essence même de ce geste. Fin des soliloques.
C’était à elle d’entrer en scène désormais. Son tour venait. Elle prit l’instrument de torture qu’elle avait abandonné non loin et s’approcha du bâtard craintif. Les yeux clos, la truffe humide, il ne bronchait plus. « Fais-le. » l’encourageait son Autre. Ce n’était pas anodin. Une telle situation n’aurait pu exister sans elle. Les lois de l’Univers semblaient bien étranges en ce bas monde. Tuer pour survivre. C’était une bien étrange doctrine à suivre que celle-ci. Elle devait s’y essayer aussi, avant de périr dans d’affreuses souffrances. Elle représentait une proie facile. Elle était jeune mais d’autres avaient déjà tué leur premier homme ici. D’autres natifs comme elle. Tous plus doués les uns que les autres. Cette rivalité l’effrayait. La compétition était entretenue par le maire, il n’était pas rare de voir des gosses se vanter de leur premier meurtre. Mais elle, Amy Crow, se devait de commencer tout en bas de l’échelle. Avec un animal. Elle allait en devenir un, ce choix de victime n’était donc pas un hasard.

Des larmes coulèrent sur ses joues. Elle ne pouvait pas faire une chose aussi aberrante. Elle ne voulait pas. Cela la dégoûtait. Elle n’était pas comme les autres. Elle avait grandi ici, connaissait les contes de l’Autre-Monde, celui d’en haut. Elle connaissait la beauté de cet autre univers dont les Anciens parlaient avec nostalgie. Elle en rêvait la nuit, de ces animaux mythiques qu’elle ne pouvait qu’imaginer grâce à de brèves descriptions. Les mots s’entrechoquaient sous son crâne alors. On lui parlait des étoiles, myriades lumineuses dans la nuit noire, du Soleil, étrange boule de feu éclairant le monde entier tel un phare guidant les bateaux à travers l’obscurité, leur évitant nombre de récifs. Elle connaissait toutes ces histoires fabuleuses. Mais il y avait l’autre versant, celui plus sombre que l’on enseignait aux enfants. L’ombre était permanente en ce monde d’en haut. Une ombre glissée dans le cœur des gens, les poussant à commettre des crimes horribles. Voilà la raison de la création d’Underland. Des crimes tous plus horribles les uns que les autres. Si elle en venait à tuer ce pauvre animal, elle serait comme eux. Elle n’aurait, certes, pas tué un homme. Mais elle aurait permis à une âme de monter au ciel, peu importe que celle-ci soit animale ou humaine. Lorsque le sang coule, c’est la vie qui s’échappe.
Elle porta une main tremblante à ses yeux, essuyant du revers les larmes tombantes. Une perle vint mouiller la fourrure du chien. Il n’avait rien demandé. C’était Zoey. C’est elle qui lui avait dit qu’elle devait faire une telle chose. Non pas pour survivre mais juste pour vivre. Elle se sentirait enfin vivante lorsqu’elle aurait tué. Son Autre en savait quelque chose. Elle ne lui parlait jamais de son passé mais Amy se doutait qu’il était loin d’être des plus tranquille. Quelques fois, Amy réinventait l’historie de Zoey, tout comme elle le faisait pour les passants. Cela sonnait si faux. Mais c’était beau à entendre. Elle la racontait ensuite, à voix haute, sachant que Zoey l’écoutait. Elle était ses yeux et ses oreilles. Pour toujours. Voilà quels étaient ses propres mots.

La lame vint résonner contre les dalles. Assez. Elle ne voulait pas devenir comme ces enfants perdant leur âme contre un peu de sang versé. Ce n’était pas elle. Son Autre se mit à crier, à hurler jusqu’à donner mal au crâne à la pauvre enfant. Les larmes coulèrent plus intensément encore. Elle ne cherchait même plus à les contenir désormais. Elle avait trop honte.

- Non ! hurla-t-elle simplement.

Elle ne voulait pas. Elle n’écouterait pas ce serpent qui l’avait menée en bateau depuis le début. Elle se jouait d’elle. Tout ce que son Autre souhaitait, c’était de voir les autres souffrir sous la main de son jouet favori. Elle voulait jouir de ce sang, se sentir renaître par l’intermédiaire d’Amy. Voilà tout.
Son poignet se saisit du couteau sans qu’elle n’ait souhaité quoi que ce soit. Elle ouvrit des prunelles étonnées par ce tour de magie qu’elle ne comprenait pas. Sa main ne lui obéissait plus. Elle hurla de peur, ne sachant quel étrange sortilège on lui avait infligé avant d’entendre la voix sinistre de Zoey retentir à nouveau. « Tu le feras. De gré ou de force. » La vérité s’imposa à elle. C’était son Autre qui la contrôlait. Son corps se releva, manquant de fléchir à tout moment tant elle était faible. La main, toujours tremblante, s’approcha de l’animal apeuré. L’enfant voulut fermer les yeux pour ne pas regarder mais rien n’y fit. Lorsque l’acier rencontra la peau de la bête, elle entendit de prime un cri effroyable. Un énième jappement. Le dernier aussi. Le liquide ombragée coula longuement sur la peau de sa main. Elle ne put qu’observer, impuissante face à ce spectacle saisissant.
Lorsqu’elle eut extrait la lame du pauvre corps inerte, elle brillait de par ses couleurs pourpres. C’était la première fois qu’Amy en voyait un autre que le sien. Elle fut subjuguée par la beauté de ce liquide. Les couleurs étaient ravissantes. Etait-ce cette beauté qui poussait les autres à tuer ? Le simple plaisir de pouvoir voir quelque chose d’aussi beau les poussait-il à commettre les pires barbaries ? Elle en doutait fortement. « Transcender son être. Voilà ce que tous recherchent grâce à ce geste. » Amy hocha simplement la tête. Elle n’avait rien ressenti du tout en tuant cette bête, si ce n’est un grand vide au fond de son cœur. Comme un creux qu’elle ne pourrait plus jamais combler. Les perles cessèrent enfin de rouler. Elle se reprenait enfin.

Elle plongea sa main dans la blessure béante de sa victime avant de lancer du sang sur le mur d’en face. Pour se souvenir ce qu’elle avait fait. Elle n’avait pas le courage de nettoyer le carnage qu’elle venait de commettre. Elle préférait laisser cela à sa mère. N’avait-elle pas l’habitude de nettoyer derrière elle alors que les clients se suivaient les uns derrière les autres ?



« Elle vomit les anges
Par deux, par deux et c'est tant mieux,
Tant que le poignard main leste
Reste prétentieux. »

La lumière déclinait peu à peu. L’obscurité tombait. Elle devrait faire le chemin inverse à travers le noir total. Cela ne l’enchantait guère. Elle s’emmitoufla davantage dans son manteau, glissant sa capuche sur sa tête, il ne fallait pas qu’on puisse voir son visage. Auquel cas, elle risquait d’avoir des ennuis avec les voyous de la taverne. Les gosses n’étaient pas admis ou alors savaient jouer du couteau au cas où. Au cas où une bagarre éclate, ce qui était souvent le cas là-bas.
Elle trébucha, s’étendit de tout son long sur le sol. Une éraflure lui barrait le visage. Voilà que la soirée s’annonçait bien. Une blessure en guise de bienvenue dans cet endroit dépravé. Elle trembla de tout son petit corps. Elle tourna la tête, curieuse de voir l’objet en question qui l’avait fait chuter et vit le corps d’un homme se dessiner sous ses yeux ébahis. Elle aurait dû s’en douter. Elle ne s’attarda pas sur les détails, courant en hâte derrière une poubelle où elle se dissimula, à la manière d’un chat de gouttière. Le premier cadavre sur lequel elle posait les yeux. Cela n’avait pas été très beau à voir. Même si tout fut rapide, elle n’avait pu s’empêcher de remarquer certaines horreurs sur ce corps pâle. Le bourdonnement d’abord. Un effroyable bourdonnement de mouches abreuvant de liquide blanc – des œufs sans doute – tombant depuis leurs culs dans les yeux de ce pauvre mort. Elles devaient être des centaines, voire des milliers. Leurs ailes couvraient la peau claire de l’homme, à la manière d’un voile d’ombre se déplaçant tout le long de la chair. Le bruit de succion ensuite. Elle ne les avait pas vues mais avec reconnu le bruit caractéristique aux larves savourant un mets des plus fameux. Elle pouvait les imaginer dans les moindres orifices, cherchant une entrée pour déguster avec un plaisir non dissimulé cette viande fraîche – quoique quelque peu avariée depuis – tombée du ciel. Le sang souillait les vêtements du mort désormais. Un peu de pourpre par ci, une teinte vermillon par là. Cela ressemblait à un tableau plus vrai que nature. La blessure se situant au cœur, n’étant pas sans rappeler L’Homme blessé de Courbet. Seule l’épée manquait à l’appel, quoique sa présence était évoquée par ce couteau de chasse posé non loin, arme qui avait sans doute servi au pauvre hère pour se défendre, espérant éviter une mort certaine. En vain. Elle se pencha et vomit son maigre repas du soir. Ces images ne lui étaient pas familières. Chez elle, les rares cadavres qu’elle apercevait étaient ceux des animaux. Rien d’autre.
Toutefois, elle se devait d’être forte et de ne pas flancher. Elle représentait une proie facile en ce moment-même. Elle s’adossa à la poubelle et essaya tant bien que mal de retrouver ses esprits. Elle avait désormais l’âge de voir la mort de près. Elle avait joué à plusieurs reprises, contre son gré, mais cela n’excusait pas ses actes. Elle devait prendre sur elle, désormais.

Elle finit pas trouver la force de se relever et continuer son chemin. La taverne était toute proche. Les vapeurs d’alcool lui montaient à la tête, les cris lui parvinrent aux oreilles. Ne pas faire demi-tour. Elle effleura le poignard accroché le long de sa ceinture. Elle ne s’en était encore jamais servi réellement. Mais sa mère avait tenu à ce qu’elle le prenne avec elle. Au cas où. Le nombre de fois où elle avait entendu cette expression lui donnait la nausée. Cela devrait être la devise d’Underland. Au même titre que « Chacun sa merde », d’ailleurs. Ces deux-là pourraient siéger côté à côté sur un panneau, bien en évidence, informant ainsi les nouveaux arrivants du caractère d’ici-bas. Long soupir. Si seulement elle n’était pas née dans ce monde de fous. Non. Si seulement elle n’avait pas eu cette putain pour mère, sa vie serait tellement différente. Elle ne serait pas ici, venue faire cette satanée course, au péril de sa vie. N’était-ce pas le rôle des mères de protéger leurs enfants ? Elle, elle semblait envoyer sa fille à l’abattoir à tout moment. Elle s’amusait de la voir souffrir. Elle y prenait un réel plaisir. Elle ne pouvait pas lui faire confiance. La moindre de ses paroles était pesée à la fois par Zoey puis par Amy, essayant de disséquer au scalpel ses véritables intentions. Mais désobéir lui était impossible. Une sévère correction l’attendrait alors. Ses joues la brûleraient suite aux cinq doigts de sa génitrice – voilà quel mot lui correspond – s’égarant par mégarde sur sa peau. C’était toujours ainsi. Les horions pleuvaient souvent aussi. Pour rien, toujours. Une mauvaise parole, un comportement inacceptable, du moins du point de vue de la catin et le coup partait tout seul. Cela fait mal, au début. Puis, c’est comme tout, on finit par s’y habituer. Mais gare à la fillette si elle vient à ne pas gémir sous la pluie de torgnoles. Sans cela, cela recommence à nouveau, quelques fois jusqu’au saignement, arrachant ainsi plus d’un cri de souffrance.

Les lampadaires grésillaient, éclairant tantôt la ruelle, tantôt s’éteignant. Amy n’aimait pas cela. Cela ne présageait rien de bon. Elle aurait dû depuis longtemps prendre ses jambes à son cou et courir sans jamais se retourner, loin de cet endroit infâme. Ce n’était pas là un endroit pour une petite fille. Mais qu’importe. Elle ne pouvait pas rentrer, pas avant d’avoir effectué la course pour sa mère : récupérer l’argent d’un client parti sans payer un de ces soirs. Cela ne l’enchantait guère. Les hommes passant dans le lit de cette catin n’étaient pas du genre tendre, elle voyait mal comment s’y prendre pour obtenir ce fichu argent. Ce n’était pas dans les habitudes d’Amy de menacer les autres, même si cette pratique semblait être une coutume d’Underland.

Les murs de la taverne lui apparurent enfin. Elle sortit de son habit sombre un bout de papier froissé et plié en un petit morceau sur lequel une écriture fine et quasi illisible était griffonnée. Le nom était difficile à lire mais, après plusieurs essais, Amy en vint à convenir d’un nom en particulier. Sa mère avait vraiment une sale écriture. Cette même écriture qui ne lui inspirait guère confiance, elle semblait refléter à elle seule le caractère de cette pute.
Amy poussa la lourde porte. Tous les regards convergèrent vers elle. Il était rare que des enfants de son âge se frayent un chemin jusqu’ici, tant la peur leur flageolait les jambes. Plus rare encore qu’ils franchissent le seuil, à l’exception si ils étaient des combattants aguerris, des prisonniers même. Un gosse à peine plus âgé qu’elle la toisa du regard, crosse dépassant de sa veste, poignard pendant à sa ceinture exhibé aux yeux de tous, l’attirail parfait du petit tueur, mettant en garde quiconque voudrait le prendre pour proie. Pour Amy, les choses étaient différentes. Toute tremblante, un mince poignard faisant pâle mine en guise d’arme, il ne faudrait pas longtemps avant qu’un de ces monstres ne s’en prennent à elle si jamais l’envie leur prenait. Elle leva la tête haute, toute fière qu’elle était, ou du moins qu’elle donnait l’illusion d’être et avança vers le comptoir. Elle s’assit sur le premier siège, attendant qu’une serveuse daigne l’apostropher.

- Tu t’es perdue mon chou ? Désolée mais ici, on sert pas de lait-fraise,
rigola-t-elle, déclenchant par la même occasion l’hilarité générale.

Amy s’était attendue à ce type de blague. Aussi, laissa-t-elle Zoey s’occuper de cette affaire. Tout cela l’effrayait tellement. Elle enfonça encore davantage sa capuche sur son visage. Un cafard crut bon de choisir ce moment pour faire son apparition. Le poignard fut lancé si vite que tout le monde en resta bouchée bée. La bête venait de se retrouver empalée sur le comptoir, Amy donnait l’illusion de n’avoir esquissé aucun geste alors que sa main s’était déplacée à une vitesse fulgurante pour saisir son poignard et le lancer sur l’insecte. Au moins avait-elle fait taire toutes ces mauvaises langues. Zoey avait su les tenir en respect, nuance. Le regard de l’enfant avait changé. Plus dur, plus mature. Les deux perles se posèrent sur la serveuse, ne la lâchant plus. La môme posa la feuille manuscrite sur le comptoir, visage toujours masqué, avant de dire enfin :

- Tu connais cet homme, oui ou merde ?

Sa voix n’était plus celle d’une enfant. Zoey s’exprimait pleinement à travers ce corps qui ne lui appartenait pas mais dont elle avait su s’approprier avec le temps. Quelques fois, comme aujourd’hui, il lui arrivait d’en prendre pleinement le contrôle. Cela était rare et de courte durée, lui demandant un maximum effort de concentration. Il fallait aussi qu’Amy lui laisse carte blanche. Ce qui n’arrivait que dans des situations où l’enfant était terrorisée, comme celle-ci. Autrement, cette dernière faisait tout pour empêcher son Autre d’avoir le contrôle. Lors de ces moments là, elle n’avait plus aucun souvenir de ce qui était advenu. Amy craignait que Zoey ne fasse du mal. Il y avait de quoi avoir de tels soupçons. Elle lui connaissait un côté obscur des plus effrayants. Les expériences qu’avait pratiquées Zoey à son insu avaient de quoi lui donner la gerbe.

La serveuse frémit avant de reprendre son sourire habituel. Il en fallait plus pour la désarçonner. Des violents, elle voyait cela tous les jours, des gamines jouant aux grands, un peu moins. Mais qu’importe. Elle prit la feuille entre ses doigts, l’examinant avant de jeter un coup d’œil furtif en direction de la salle. Zoey suivit son regard, voyant que la personne indiquée était un homme des plus massif et impressionnant. Voilà qui allait corser les choses. Elle récupéra son poignard et s’avança droit vers le pachyderme qui semblait pas mal torché à cette heure tardive. Rien de bien étonnant dans un bar.
À son allure, on voyait que celui-ci avait déjà pas mal vécu nombre de bagarres toutes plus tumultueuses les unes que les autres. Une cicatrice lui barrait son œil droit, le rendant plus terrifiant encore que sa taille n’en imposait déjà. Un attirail d’armes jonchait son corps, on croirait presque que sa peau entière n’était faite que de métal tant il était bien équipé. Quelques grenades étaient accrochées à sa ceinture, aussi bien en évidence que la crosse de son flingue. Le mauvais type par excellence. Ce même sourire malsain s’était perdu sur ses lèvres, un sourire à vous glacer le sang, rictus serait peut-être le mot exact, qu’il fit lorsque l’enfant s’approcha de lui, le pas sûr. Il la jugea. Longuement. Avant d’éclater de rire, bientôt rejoint par ses deux comparses. « Riez, riez, beaux princes. Bientôt vous déchanterez. » songea la demoiselle.

Les hommes se mirent à encercler la jeune fille, continuant de la toiser avant de cracher à ses pieds. La môme leva lentement les yeux vers la face de celui qui avait osé commettre cet affront. Elle devait rester calme. Pour le moment du moins. L’argent d’abord, cogner ensuite, si cela s’avérait nécessaire – ce qui arriverait certainement. Après tout, qui irait se plaindre d’une mioche usant de la lame contre des détritus d’Underland. Il y a de tout ici-bas. Il y a ceux que l’on craint et que l’on respecte, ceux qui n’impressionnent guère – voilà dans quelle catégorie pourrait se trouver Amy – et ceux que l’on craint mais que l’on méprise, ceux-ci sont souvent les premiers à mourir lorsque l’envie prend aux chats d’égout de sortir sous la pleine lune pour traquer quelques rats des villes. Ces nuisibles que l’on chasse du plat de la main, cette vermine dont l’on souhaite tant se débarrasser mais qui semble immortelle semblait avoir trouvé un formidable repaire ici-même. Les rires vinrent se joindre aux cris et à la bonne humeur due à l’alcool. L’un des trois ivrognes reposa sa chope avec violence sur la table, manquant de la briser par la même occasion.

- Tu veux quoi, la môme ? Du pain ?

Hilarant. En plus d’être saoul, voilà que ces guignols penchaient vers l’humour sordide. Tout pour plaire, ces trois-là.
Zoey ne répondit pas, préférant éviter de se mettre en colère de suite. Chaque chose en son temps. Lui aussi payerait au même titre que les autres lorsque son heure sera venu. Mais la mission de la petite avant tout. Elle ne devait pas garder cet objectif de vue. D’autant plus qu’elle devait faire vite si elle souhaitait espérer la mener à son terme. Elle ne pourrait guère contrôler longtemps le corps de son hôte alors inutile de perdre du temps en répartie. Au lieu de cela, elle lâcha un simple soupir bref, exprimant par ce simple geste tout ce qu’elle pensait de ce malotru se croyant tout permis. Il aurait grand besoin d’une belle correction. Vivement qu’elle puisse se défouler. Instinctivement, son autre main se posa sur son second poignard. Mauvaise idée. Elle n’aurait pas de trop d’une main de libre si les choses venaient à mal tourner pour elle. Son bras droit, posé contre son corps, semblait dépourvu de toute énergie, tombant mollement, manquant de faire tomber le poignard par moment. Même si, en vérité, Zoey était on ne peut plus concentrer, attendant le moment fatidique. Parler d’abord.

- J’suppose que l’nom d’Vivi t’est pas inconnu, hein ? T’as la gueule du client tirant un coup d’un soir. Tu pues l’putois, tu m’as tout l’air fauché et t’passes le plus clair d’ton temps à terroriser les autres. J’n’ai pas raison, p’têt ?

Zoey avait depuis longtemps su calquer sa façon de parler sur celle des grands bagarreurs lorsque l’occasion s’y prêtait. Difficile de prendre la voix d’une gamine alors que le but était d’impressionner et d’effrayer. Elle aurait paru ridicule avec l’accent enfantin d’Amy. Alors mieux valait jouer la comédie et en rajouter un peu. Du moins, suffisamment pour rester en vie. Elle savait qu’avec ce corps, elle n’avait rien de terrifiant mais si au moins elle pouvait s’immiscer dans ce milieu rustique, ce serait déjà ça de gagné.
L’autre parut pâlir à vue d’œil. Il faut croire que oui, le nom de Vivi lui était familier. Il empoigna une bouteille de bière et la brisa sur la table, se servant alors de son cul comme arme. Il faut croire que sous le coup de la rage, ce demeuré avait oublié sa brochette de métal en guise de ceinture pour se confectionner une telle arme de fortune.

- T’es la fille de c’te pute, hein ! J’me disais bien que t’avais les mêmes yeux d’fouine que ta catin d’mère ! L’même beau minois aussi… T’es v’nue proposer tes services à moi et mes hommes ou j’rêve ?

Tout de suite les préjugés. Ce n’est pas parce qu’Amy était fille de pute qu’elle en était une aussi. Ce métier la dégoûtait au plus haut point. Jamais elle ne pourrait se résoudre à vendre son corps en échange de quelque menue monnaie. Mais il faut de tout pour faire un monde. Et pute, aussi triste soit-il, était un métier comme un autre. Dégradant certes, mais permettant de gagner sa vie. Même si, il faut l’avouer, la mioche doutait des réelles intentions de sa génitrice. Cette dernière ne semblait pas rechigner à la tâche et mieux, prendre extrêmement de plaisir avec chacun de ses nouveaux clients.

Zoey tressaillit à ces paroles. Insinuer qu’Amy suivrait le même parcours que sa mère avait le don de la mettre hors d’elle. De plus, elle était encore bien jeune pour penser à de telles choses. Mieux valait la laisser vivre son enfance, aussi misérable soit-elle. Elle avait encore le temps devant elle avant de penser à tout cela. Ce ne sont pas là des paroles que les enfants doivent entendre.

- J’viens chercher l’fric qu’tu dois à Vivi, mon salaud. Alors soit t’allonges la monnaie d’suite, j’viens chercher d’force l’putain d’blé qui crèche dans ta poche.

Il parut ne pas apprécier ce beau langage et attrapa la gorge de la demoiselle entre ses mains de colosse. Même si Zoey avait un caractère tout différent de celui d’Amy, il était difficile pour elle de faire quoi que ce soit face à ça. Elle lâcha son poignard de surprise et tenta en vain de se saisir de son autre arme. Elle se vit peu à peu soulever du sol, celui-ci lui apparaissant de moins en moins nettement. Des larmes lui montèrent aux yeux sous le coup de la pression. Elle suffoquait. Elle allait crever là, tout de suite. Non pas elle. Amy. Zoey, elle, se sentait déjà partir. Elle n’était plus maître de ce corps. C’en était fini du temps où elle pouvait jouer les rebelles pour aider Amy. Elle allait devoir se débrouiller toute seule, pour ce soir du moins. Réduite au rang de simple spectatrice, Zoey se tut, faisant silence à cette scène d’horreur qui s’annonçait. Est-ce le glas de la mort qu’elle entendait résonner au loin ?

Amy à se mit à gémir à la manière d’un jeune chiot. La voilà qui redevenait l’enfant qu’elle avait toujours été. Une bouteille vint s’écraser non loin du crâne de la môme qui tourna la tête, paniquée. Elle entendit vaguement une voix d’homme gueuler, interdisant de se battre dans le bar-même par souci d’hygiène – il est vrai que les tâches de sang sont des plus dures à enlever, la preuve en est ce sol pourpre dont on ignore désormais si les dalles étaient rouges ou non à la base – avant de retourner à ses verres à essuyer, comme si de rien n’était.

La main traîna l’enfant dehors, préférant n’avoir aucun compte à rendre au tavernier, suivi par ses deux cabots d’hommes. De vrais bâtards. Ils tiraient la langue et avaient la queue qui pendait. Le semblable d’un chien, à la différence près qu’ils étaient des Hommes. Tout aussi primitif, pourtant.

La poigne se desserra enfin. Amy put aspirer une grande goulée d’air. Son supplice était loin d’être terminé toutefois. L’endetté la força à avancer puis la jeta avec rage au sol. Elle se réceptionna, accroupie à la manière d’un chaton effrayé.
Une gifle vint la cueillir sans qu’elle n’ait demandé quoi que ce soit. Ses grands yeux s’emplirent à nouveau de larmes. Elle dut se contenir pour qu’aucune d’entre elles ne viennent mouiller ses joues. Elle ne savait par quel miracle avait réussi cet exploit tant la douleur la cuisait.
La main remonta sa jupe sans que l’enfant n’ose dire quoi que ce soit. Elle pouvait entendre ces rires gras résonner entre ces oreilles. Où était Zoey lorsqu’elle avait besoin d’elle ? Sa culotte tomba lentement le long de ses jambes avant de finir au sol. Elle connaissait cette scène. Elle l’avait vue, enfant, cachée dans un placard. C’était ce jour-ci que son enfance s’était brisée net. Elle se rappelait des moindres détails, de la peur qu’elle avait ressentie lorsque sa mère l’avait vue, dissimulée dans ce cagibis, de la honte qui l’avait traversée d’agir ainsi en voyeuse, de la fascination qui l’avait saisie en voyant ces ébats amoureux de prime. C’était ces mêmes sentiments qui se bousculaient sous son crâne ce soir.

Vulnérable, elle attendait. Silencieuse toujours, Zoey se faisait désirer. Amy avait beau l’appeler de tout son être, aucune réponse ne lui venait. Elle devait être épuisée à cette heure-ci. Elle n’avait pas la carrure nécessaire pour se débrouiller seule et se sortir de cette situation délicate.

- On va bien voir si les Crow sont toutes des putains !

Le bruit de la braguette que l’on descendait se fit un chemin peu à peu dans son cerveau. Malgré les sanglots qu’elle retenait, elle gardait l’esprit suffisamment clair pour comprendre ce qui allait suivre. Fini le temps de la voyeuse, en scène l’artiste !
Le petit canard était en bien mauvaise posture. Elle ne donnait pas cher de sa peau. Petit canard. Elle sourit face à ce surnom que lui avait donné un jour Zoey sans aucune raison apparente. Si, bien sûr, il devait bien y avoir une explication à ce surnom mais elle ne la connaissait pas. Peu importe, après tout. Il est étrange de voir que nos pensées deviennent plus changeantes encore au moment où l’on sent notre mort proche. Il semblerait qu’elle allait quitter définitivement le monde de l’enfance ce soir. Basculer dans le monde des adultes. C’était trop tôt à son goût. Elle ne voulait pas. Pas maintenant. Pas comme ça.

Elle trouva l’énergie nécessaire pour bouger sa main. Elle se souvenait maintenant des précautions que prenait sa mère à chacune de ses sorties. Précautions inutiles mais toutefois précieuses. Cela la dégoûtait d’en arriver là. Elle ferma les yeux et attrapa le poignard pendant à sa ceinture. À chacun ses armes. Œil pour œil, dent pour dent. Des miaulements retentirent, comme précurseurs du geste qui allait suivre. Ils se firent plus forts, plus insistants encore. Amy semblait ne pas avoir bougé d’un millimètre alors que la lame se tenait désormais entre ses doigts tremblants. Elle attendait le moment opportun qui ne saurait plus tarder. Ne pas se tromper ou l’erreur pourrait lui être fatale.

L’homme s’approcha. Lentement. Il semblait savourer la peur qu’il lisait dans les yeux de sa victime. Un mets de choix. On ne lui apportait pas tous les jours la fille d’une putain tous les jours. Pire, cette mioche était venue d’elle-même. Ici-bas, le comportement des gens peut s’avérer étrange, parfois. Inutile d’essayer de les comprendre. Tous des animaux sans cervelle cheminant sans oser ouvrir la bouche et obéissant au plus gueulant. À lui, donc.

La lame brillait à la lumière de la lune. Les sons gagnaient en amplitude. Lorsque les phalanges cessèrent de jouer des castagnettes, tous firent silence. Le moment semblait critique. Silence et solennité, comme disait l’autre. Le ciel s’était tu pour observer ce que son enfant allait faire. Les félins allaient et venaient le long des poubelles, sautant en hauteur pour pouvoir avoir une vue d’ensemble. En voilà un beau public ! Les acteurs en scène, le spectacle pouvait commencer. Le vrai et non le faux qui avait failli se jouer sous leurs yeux quelques minutes plus tôt.

En un bond, elle fut sur lui. Elle fut si rapide qu’il ne put ouvrir que des grands yeux étonnés et une bouche muette de surprise. Le poignard se fit un chemin dans les entrailles de l’homme, se vidant de son sang petit à petit. Voilà que le petit canard savait se défendre. Elle n’y prit aucun plaisir particulier. Elle avait juste l’impression de sauver sa peau. Rien d’autre. Oui, c’était pour cela qu’elle tuait un homme, pour pouvoir vivre elle-même. C’était elle ou lui, elle le savait depuis le début.
Les deux autres, horrifiés, ne comprirent pas. Etait-ce bien le corps de leur chef écroulé au sol ou leurs yeux leur jouaient-ils des tours ? Ils battirent des paupières, perplexe. Lorsque enfin la raison semblait avoir repris possession de leurs esprits – si un tant soi peu de raison siégeait dans ces cervelles creuses au premier abord – ils se jetèrent sur l’enfant, voulant lui faire payer son affront. Avec l’agilité d’un chat, elle les évita, se réceptionnant à nouveau sur ses mains. Elle s’ignorait si agile. Il faut croire que Zoey avait su modeler son corps non pas en brute épaisse mais tout en finesse. Voilà qui n’était pas de refus pour survivre dans un triste monde que celui-ci.
Amy se faufila derrière eux, laissant le poignard diriger sa main droit sur la gorge d’un premier homme. Il s’écroula net, la carotide tranchée. Ses yeux semblaient défier ceux du dernier survivant. Celui-ci ne perdit pas de temps et détala comme un lapin. Tout plutôt que de subir le même sort que ses deux comparses.

L’enfant s’accroupit près du corps de l’ancien client de sa mère. Elle le retourna sur le dos, fouillant dans sa veste en cuir à la recherche d’un porte-monnaie, précieux sésame qu’elle trouva enfin. Elle l’ouvrit et découvrit nombre de liasses. Voilà qui devrait faire l’affaire. Elle en prit un qu’elle rangea soigneusement dans la poche de son chemisier, plié en trois, avant de regagner sa vieille baraque qui n’attendait plus qu’elle. C’est sa mère qui allait être heureuse.



« Dans ma main ce couteau,
Cette entaille au poignet
Ressemble à ton sourire
Il me dit qu’il faut partir. »

Allongée sur l’herbe, Amy rêvait. Elle songeait à ces belles histoires contées enfant. Elle repensait aux oiseaux, ceux qui l’accompagnaient dans sa danse jadis. Ils étaient encore là, aux aguets de la fille aux yeux dans lesquels les ouragans se noyaient. Alors, parfois, l’un d’eux descendait pour venir accompagner les pas de la demoiselle. Un bref instant. Mais c’était déjà beaucoup pour elle. Son cœur se serrait à chaque instant lorsque les moineaux l’écoutaient, lui répondaient aussi, voilà qu’un dialogue s’installait entre l’homme et l’animal. À moins que les deux ne soient de la même espèce, allez savoir. Que l’insouciance était belle en ces temps-là ! Désormais, tout cela lui paraissait bien lointain. Elle ferma les yeux, voulant se souvenir de tout, piquer au vif ces moments uniques et inoubliables. Mais tout lui apparaissait comme flou, confus. Les oiseaux s’étaient éteints en même temps qu’elle, voilà quelle était la triste vérité.
Ses bras nus semblaient briller au Soleil, ces bras si pâles mais parcourus par de fines cicatrices. C’était toujours ainsi désormais. La lame courait le long de la peau. Un temps. Celui de l’hésitation. Et voilà qu’elle s’enfonçait dans cette chair la seconde suivante. La première fois, cela faisait du mal. Puis, c’est comme tout, on s’habitue. Elle avait fini par s’accoutumer aux gifles quotidiennes alors pourquoi pas à ça ? Et puis, c’était son choix. Personne ne l’avait obligée à subir un tel traitement. La deuxième fois, elle avait pris peur. La douleur était encore intacte autant dans son corps que dans son esprit. « Plus jamais ça » avait-elle songé. Pour au final recommencer encore et encore. Voilà quel était son quotidien. La lame était posée non loin d’elle. Elle semblait attendre les douces mains de son possesseur pour tracer quelques sombres dessins. Mais la main se faisait attendre.
Le Soleil se dissimulait derrière les nuages. Il semblait vouloir jouer à cache-cache avec la petite. Elle ne s’en souciait guère. Seuls les nuages l’intéressaient, et non pas le Soleil. Ce dernier était bien trop fourbe à son goût. Tantôt désiré, tantôt haï par la population. C’était la seule source de lumière mais qu’importe. Cela ne l’empêchait pas de le maudire voire lui jeter du sang lorsque l’envie la prenait.

Zoey s’était tue. Voilà qui était rare. Elle semblait laisser un peu de répit à son jouet favori, avant de s’amuser avec à nouveau. Ce silence était apprécié. Amy inspira une goulée d’air frais pour décaper ses poumons. Cela faisait du bien. Elle en avait presque oublié ces petits plaisirs simples de la vie. Quelques fois, elle avait l’impression d’être un spectre, elle ne savait pas précisément si elle était vivante ou non. Alors elle laissait le rasoir lui rappeler ce qu’elle était. La douleur lui permettait de revivre d’entre les morts. Alléluia, semblait-elle s’écrier à chaque nouvelle césure. Mais rien ne sortait jamais de ses lèvres, ni de ses yeux. Toujours en silence, c’était son rituel. Il ne fallait en rien profaner ce moment qui lui appartenait. Juste à elle et à personne d’autre. Elle ne l’aurait pas supporté.
Elle ignorait comment elle en était arrivée là. Tout semblait s’être enchaîné tellement vite. La haine de sa mère, l’apparition soudaine de Zoey, les meurtres… Elle voulait y voir plus clair. Elle essayait de comprendre mais rien ne voulait s’emboîter comme il se devait pour que le puzzle soit limpide. Il semblait manquer des pièces. Des pièces importantes. Sans cela, impossible de comprendre quoi que ce soit.

Elle attrapa un carnet. L’ancien journal de sa mère. Elle était tombée dessus par hasard il y a quelques temps déjà. Ce bel hasard qui guidait ses pas depuis son premier souffle. Il semblerait que les dieux s’amusent avec cette petite chose fragile nuits et jours. Lui laisser cet indice tombé du ciel entre les bras semblait être leur façon de se faire remarquer à nouveau. Elle le parcourut brièvement. Tant de choses étaient inintéressantes là-dedans. Les mots semblaient avoir l’âge de cette catin, ce qui n’était pas tout à fait faux. La première date remontait à l’enfance de Vivi. Quel âge avait-elle alors ? L’écriture étant irrégulière et hésitante semblait être celle d’une fille connaissant depuis peu la magie des mots et voulant s’exercer tant bien que mal avec. Les lignes étaient davantage composées de lettres ici et là que de réels mots. Mais qu’importe. Le début, elle le connaissait. Son enfance, elle en avait une vague idée. Elle au moins n’avait pas eu à cracher du sang durant sa jeunesse. Elle continua sa lecture à l’endroit où elle avait abandonné son marque-page. Voilà quel était son livre de chevet désormais. Un journal intime. Elle commença à lire. Elle avait bien progressé depuis. De l’enfance elle avait viré à l’adolescence au fil des pages. Sa mère devait avoir seize ans à ces pages-ci. Le papier craque sous les doigts. Il semble usé, tant il a vécu, tant il a vu. Amy aurait tout donné pour avoir cette vie. Pour le moment du moins. Elle se ferma au monde extérieur pour plonger entre les abîmes du journal.

« C’est toujours les mêmes phrases qui reviennent. Moi, je le sais bien. Je leur accorde à peine un regard, à ces jeunes jouvenceaux qui pensent m’attirer grâce à leurs beaux mots. Cela m’émeut à peine désormais. Alors je leur souris. Et c’est tout. C’est déjà beaucoup. La vermine mériterait que je lui jette du sang, et rien d’autre. Voilà quel devrait être son traitement. Pour peut-être finir par l’éradiquer. Avec un peu d’espoir, peut-être. Beaucoup même.
Je le sais bien que ce beau Prince dont parlent les contes de fées n’existe pas. Si ce n’est dans mes rêves. Je n’ose même pas y croire. C’est trop gros. Une fable que les mères ont pour rôle de transmettre à leurs progénitures. Et rien d’autre. Même ça, je ne pourrais pas m’y résoudre. À quoi bon mentir là-dessus ? C’est stupide. Mieux vaut ne jamais rêver à ces choses futiles plutôt que d’y croire et de finir par être déçue. Non ? »


Elle leva le nez du livre. Le reste était sur le même ton. Tout aussi désespérant que ce bref passage. Amy, elle, y croyait en l’amour, le vrai. Ce n’est pas parce que sa mère était une putain et qu’elle ne savait pas aimer qu’il en était de même avec la fille. Oui, Amy l’attendait avec impatience ce beau prince charmant qui viendrait tôt ou tard l’enlever de cet enfer. Il vaincra la sorcière et la portera dans ses bras, tous deux gambadant sur un beau cheval blanc. Elle le savait, elle avait passé l’âge de ces idioties. Mais elle avait envie d’y croire encore un peu. Elle n’avait plus que ça auquel se raccrocher.

La demoiselle sauta des pages, commençant à connaître le lyrisme dont usait sa mère. Elle n’avait aucune envie de devoir lire un réquisitoire contre l’amour sur une vingtaine de pages. Alors elle fit un bond dans le temps. C’est cela qui est beau avec ce journal. Elle peut remonter le temps autant qu’elle souhaite. N’est-ce pas un formidable pouvoir que celui-ci ? Elle laissait ses doigts décider pour elle de la page opportune. Lorsque enfin son index se décida à glisser entre deux pages, elle baissa les yeux pour voir la date. Elle n’en vit aucune. Au lieu de cela, quatre phrases avaient été inscrites, d’une écriture toute différente de celle de sa mère.

« Entre les ombres de la nuit,
Moi je vais comme un voleur
Et je dessine au poignard
Des rêves sur les joues de ma Princesse. »

L’auteur de cette strophe avait été rayé, on pouvait encore discerner les griffures d’ongles de la catin. Amy se pencha pour essayer de deviner le nom de l’auteur. Elle n’en devina que la première lettre : K. Etait-ce son père qui avait pu écrire ceci ? Etait-ce bien son père ou une simple amourette ? Son cœur se serra à cette idée. Peut-être tenait-elle entre les mains les mots de son cher père. Impossible. Elle devait se calmer et rester lucide. Après tout, même si c’était bel et bien son père qui avait écrit ceci, à quoi bon s’emballer ? Elle n’irait pas bien loin avec une seule lettre en guise d’information sur son géniteur. Long soupir. Tant d’espoir pour finir déçue.



« Il ne faut pas de tout pour faire un monde.
Il faut du bonheur, et rien d’autre. »

Le Château des Pauvres
; Paul Eluard

Les rideaux se fermaient, les applaudissements s’éteignaient peu à peu, les chuchotements se taisaient à leur tour. Voilà. C’était fini. Le nom de Lorenzo résonnait encore à ses oreilles. L’épée était posée non loin. Elle semblait espérer une prochaine occasion de glisser à nouveau sur scène. Ce ne serait pas pour tout de suite. Il semblerait que tout ce travail n’avait abouti que pour cette unique journée, il n’y en aurait pas d’autres semblables à celle-ci. C’était fini. Le « duc » vint prendre la jeune fille dans ses bras, lui ébouriffant les cheveux au passage et l’appelant de ce tendre surnom qu’il usait pour se moquer tendrement de son nom de famille : Hawkeye. Mais cela, elle s’en fichait.

Elle se changea en vitesse et s’éclipsa sans que nul ne l’aperçoive. Elle n’avait pas envie de se mêler à la troupe. Sa seule préoccupation était de rentrer se reposer un peu. Elle était épuisée. Elle dévala les escaliers quatre à quatre pour finalement se retrouver face contre terre. Toujours aussi maladroite, il faut croire.
Un rire surgit. Elle lève la tête pour dévisager celui ou celle qui s’est permis de se moquer de sa chute en toute impunité. Une main se tend là, devant elle. Elle l’observe quelques instants, sans rien dire, craignant de briser ce silence désormais familier, craignant de briser quelque chose dans cet espace délimité par ces deux corps, l’un couché et l’autre debout.
Un nom vint siffler près de ses oreilles. Elle essaye de l’attraper au vol avant qu’il ne s’éteigne dans la pénombre environnante. Elle tenta tant bien que mal de sortir de cette léthargie pour s’ouvrir à nouveau au monde, laisser ses sens s’éveiller à nouveau, comme avant. Elle essaya de décomposer le mot qui lui échappait peu à peu pour pouvoir le retenir davantage encore, elle l’épela dans sa tête jusqu’à être totalement sûre qu’il lui appartenait véritablement, qu’elle n’avait pas rêvé.
Dalil.
Il flotta quelques temps encore le long de ses tempEs avant qu’elle ne l’ait totalement intégré et qu’elle soit en mesure de répondre. Finalement, lorsqu’elle ouvrit la bouche, ce fut pour mesurer des paroles si basses et si confuses que personne n’aurait pu y comprendre quoi que ce soit. L’autre eut beau se pencher, elle ne compris que la fin : Ame. Là encore, Amy n’avait pas su parler suffisamment fort sous le coup de l’émotion sans doute. Alors voilà que l’autre n’avait pas entendu son prénom exact, faisant abstraction du « y » pour « Ame ».
L’autre s’esclaffa à nouveau. Son rire faisait plaisir à entendre. Un rire chaleureux, franc et frais. Cela redonnait du baume au cœur d’Amy.
Les deux mains se serrèrent l’une contre l’autre. Amy fut hissée puis arrachée au sol. Il était bien préférable de l’observer droit dans les yeux plutôt que de n’entendre que sa voix. Les deux se sourirent, sans jamais rien se dire ce soir-là.


Dernière édition par Amy Crow le Dim 21 Oct - 18:26, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Sam 20 Oct - 16:27

Présentation terminée. Encore désolée du retard ! ><"
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MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Dim 21 Oct - 8:08

Génial! Je lis tout ça de suite et t'envoie un MP pour les éventuelles fautes ~


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MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Dim 21 Oct - 18:28

Voilà ! J'ai corrigé les quelques fautes qui trainaient ici et là dans ma présentation !
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MessageSujet: Re: Who Are You, Amy Crow ?   Dim 21 Oct - 19:14

Nickel !
Tu es maintenant validée ! Profite bien de ta vie ici ♥
Tu peux donc dès à présent RP tant sur le forum que sur la ChatBox, faire ta fiche de relations, rejoindre le flood... Félicitations ! Et bienvenue !


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Who Are You, Amy Crow ?

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